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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 11:26

         Je suis toujours aux petits soins pour les araignées. Que ce soient les grosses épeires seigneuriales à l’abdomen gonflé comme une énorme perle irisée qui viennent hiberner dans mes rideaux après leurs vacances en plein air dans mes lauriers-cerises, ou les délicats petits faucheux si diaphanes qu’un souffle risque de mutiler d’une ou deux pattes et qui habitent en famille derrière mon radiateur dans la salle de bains, ou encore la preste araignée de baignoire, impressionnante parce qu’elle est si noire et si rapide, que j’aimerais mieux rencontrer l’après-midi (profit) ou le soir (espoir) mais qui vient traverser mon chemin vers la douche presque chaque matin (chagrin), j’interdis qu’on les détruise ou qu’on les chasse. J’entretiens avec elles, même épisodiquement, des rapports ambigus : je ne pourrais supporter de les voir ni de les sentir me courir le long des bras, mais je me désole d’en voir une par-ci par-là recroquevillée de toutes ses pattes (huit chez les arachnoïdes, et non pas six comme chez les insectes) dans le bac à douche où elle s’est fait coincer par l’eau chaude. Je lui parle, histoire peut-être au fond de conjurer le frisson que déclenche son apparition chez tout citoyen Lambda, afin qu’elle me repère à la voix et qu’elle file dans une autre direction. Cela ne peut être toujours la même, puisque de temps à autre je trouve son cadavre, mais je suis frappée de la vitesse avec laquelle son remplacement est assuré. Pour moi c’est l’araignée du logis, et je pense parfois à l’apprivoiser carrément, comme celle de Colette qui venait chaque soir, au bout de son fil, boire au bol de chocolat crémeux avant de remonter faire sa sieste.

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