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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 08:38

         Mon manque d’intérêt et même d’estime pour la biographie (dont la pluie contemporaine indique bien que je vais à contre-courant des goûts grégaires) s’est suffisamment exprimé ici même pour que, mes belins-belines, je sois autorisée à en sélectionner une pour la monter en épingle. Le Vent dans la Bouche m’apparaît même comme une étonnante réussite. Il semble que, contrairement à ce qui se passe ordinairement chez les auteurs (qui, journalistes ou romanciers essoufflés, se choisissent un objet inconnu qu’ils prétendent sortir de l’ombre, voire un objet trop connu auquel ils prétendent apporter un air nouveau), Violaine Schwarz ait été hantée depuis toujours par le souvenir, la voix, le tragique du destin de Fréhel, qui devait être l’inoubliable et qui fut si vite oubliée. Cette biographie qui n’en est pas une rappelle quelle ingratitude  publique voire officielle a suivi sa fin au contraire de Damia ou de Piaf, la détresse de sa déchéance, son parcours de gloire et de misère – qu’on suit bien plus passionnément que les successions d’événements et de dates habituelles au genre. Surtout l’évocation de la chanteuse se fait en fusion rare, par dédoublement ou surimpression (qui dira comment, tant c’est ardent, turbulent, emporté ?) comme si l’écrivain  se laissait posséder par la voix pathétique et violente et lui offrait avec la sienne un truchement enfin à son niveau. Oui, c’est là une belle et sombre biographie, mais la transcendance du genre est tout à fait exceptionnelle. 

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