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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 08:31

         J’avais oublié,  par surimpression avec d’autres dates personnelles douloureuses, que nous avions cette honte-là à inscrire au palmarès de la Quatrième République, avec Papon aux commandes. Il était utile qu’hier un journaliste de l’époque, témoin des événements et capable de donner une vision vraie, choisît d’en parler. Jean-François Kahn était alors  à droite, précisait-il, travaillant pour un journal de droite (mais personne n’aurait eu l’idée de le situer à  gauche à présent) : il avait vu ces dizaines de milliers d’Algériens défilant avec femmes et enfants dans le calme et non armés, puisqu’ils voulaient seulement se faire entendre, brutalement confrontés à la police et à ses matraques. Il avait vu tomber les gens, visages ensanglantés, membres brisés, se traînant hébétés, les autres s’enfuyant dans toutes les directions. Il avait cru qu’il s’agissait d’une « répression traditionnelle » comme Papon les aimait, horrible déjà mais sans plus. Puis il avait appris et vu les cadavres jetés à la Seine, les corps pendus dans les arbres, pour un bilan effroyable. Il avait fait pour son journal un papier plein de vérité – mais son papier ne parut jamais, car à la place le journal avait publié un CR dicté par l’Intérieur qui louait le travail de la police devant des agresseurs armés. Il n’est jamais trop tard sans doute pour se sentir plein de honte au nom de la nation, mais sans doute est-il trop tard pour, même avec reconnaissance officielle au bout de tant d’années, tenter de soigner et de fermer les plaies

 

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commentaires

H
Erreur: il s'agit du 17 octobre 1961.
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B
Lucette, il s'agit du drame d'octobre 1961.
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