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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 08:37

         Il y eut une époque – les années 50 à peu près : ce n’est tout de même pas l’âge des cavernes – où les puristes se crispaient sur les innovations de vocabulaire. Je ne parle même pas ici de l’invasion des mots anglais, à laquelle ils s’opposaient frénétiquement avant de déclarer forfait devant des infiltrations et raz-de-marée imparables, mais bien des vocables français que certaines modes imposaient brutalement : ainsi « valable », âprement combattu, ou « fiable », lui aussi banni du discours châtié (on se demande d’ailleurs toujours pourquoi). Au début il n’y avait que quelques expressions sur lesquelles se battre, mais très vite il est apparu que des formules véhiculées par la radio ou la télé allaient se naturaliser sans résistance. Consensus, en amont, au second degré, confidentialité, morosité, virtuel, relativiser, point barre, BCBG, beaufs, bobos, sociétal…sont désormais entrés dans le vocabulaire le plus courant, et il y en a bien d’autres, représentant d’ailleurs (en plus de l’obéissance à la mode) des fonctions ou des impressions plus récemment introduites dans la conversation. Et composter ! Je me rappelle mon algarade en août 85 avec un gradé de la SNCF, alors que le mot, tout juste adopté, n’avait rien d’évident et que deux amis américains venus me voir s’exposaient à l’amende parce qu’ils n’avaient pas su quoi faire du mot imprimé sur leurs billets– nous étions trois spécialistes de la langue française et aucun de nous n’avait compris le sens du terme…On  emploie volontiers des mots sans être sûr de leur sens, surtout s’ils font branché (cool, baba cool, pas de souci, t’occupe…) et souvent le procédé m’agace, mais je fonds devant quelques perles du type à l’insu de mon plein gré. Celui-là, je trouve que c’est vraiment une aubaine, j’aimerais pouvoir l’utiliser à tour de bras…

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commentaires

D
Ce gradé de la SNCF a dû vivre un grand moment d'ahurissement.<br /> Parmi les expressions toutes faites venues de la télé comme &quot;à l'insu…&quot;, j'aime bien aussi &quot;bonjour les dégâts&quot; (pub contre l'alcool au volant) qui a donné : &quot;bonjour l'ambiance&quot;, etc. Par contre, j'abomine des mots comme &quot;positiver&quot; (pub Carrefour je crois). Berk !<br /> Cela dit, &quot;employer des mots branchés sans être sûr de leur sens&quot; (au sens d'ignorer leur étymologie je suppose) ne signifie pas que l'on ne soit pas sûr du sens qu'on leur prête, entre locuteurs du même patois branché.
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L
Oui, &quot;positiver&quot; est horrible, comme &quot;me correspondre&quot; (Galeries Lafayette). Quant à l'emploi des &quot;mots branchés&quot;, ils sont souvent si peu précis dans leur implication qu'on peut les utiliser dans plusieurs sens; l'essentiel est l'intonation d'ensemble... (et le problème de leur étymologie ne se pose jamais, à mon humble avis).