Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 11:02

         J'écoutais Cohen-Bendit il y a quelques jours, évoquant Mai 68 avec nostalgie. Certes, le mouvement étudiant est loin d'avoir l'ampleur de celle des temps héroïques, et ce matin l'évacuation de Tolbiac s'est faite sans la moindre résistance autre qu'une fille qui disait avec force à un CRS ce qu'elle avait sur le coeur : il y a cinquante ans, la lutte aurait été engagée avec violence et jusque dans la rue, quitte à desceller ces fameux pavés de Paris qui ont pendant des années par la suite servi d'excuse aux classes bourgeoises pour souligner que ce dépavage, et non leurs stratégies vicieuses,  avait compromis l'économie française à jamais. Il y avait surtout alors une cohésion, une fraternisation des rébellions diverses qui avait fait des grèves une arme capable de s'imposer pendant de longues semaines. Il y avait surtout parmi les populations - le public et le privé mélangés, le ras-le-bol ressortant par toutes les bouches - une adhésion à ce grand mouvement qui voulait sortir les sortants et installer une justice enfin gagnée. Un demi-siècle plus tard, rien n'a changé, même si les progrès matériels ont donné inutilement le vertige. Un sens de l'A quoi bon? a pénétré les attentes jusqu'au coeur, la foi en l'action pour assurer la justice sociale a disparu, minée par la consternation de voir qu'il n'y aurait jamais rien à faire contre l'insolente domination des riches. Et puis il n'y a plus guère ce sens du civisme qui s'était réveillé salutairement en 68 : une passivité résignée a contaminé les vieux qui ont de l'expérience, une méfiance en l'avenir traîne à l'arrière-plan des plus grands espoirs des jeunes non encore brisés par la vanité de leur élan...Il faudrait un souffle plus puissant qui ranime et enflamme ces braises assoupies.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens