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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 11:38

UN, DEUX, TROIS RENOIR

 

          C'est tout à fait par hasard que j'ai revu Le Déjeuner sur l'Herbe. Je venais de revoir - volontairement cette fois - Le Crime de M. Lange  et j'y avais retrouvé ce que je venais chercher, les maladresses, les outrances, les naïvetés, le "joué théâtre" ainsi que l'atmosphère d'humanité Front populaire dont j'avais conservé le souvenir. Une annonce signée Renoir m'avait retenue sur place : après avoir traité tant de sujets sérieux, le réalisateur désirait se consacrer au burlesque. Or vous savez peut-être que la vis comica est un gibier que je débusque sous toutes ses formes, et que d'autre part je tiens Elena et les  Hommes, non seulement pour l'un des chefs d'oeuvre de Renoir mais même pour l'un des dix meilleurs films que je peux revoir sans cesse. Le Déjeuner sur l'Herbe :était loin de m'avoir laissé un souvenir impérissable, celui plutôt d'une médiocrité difficile à défendre, avec beaucoup de belles images de Provence et celle d'un vieux chemineau fidèle à Pan,  bouc aux cornes enroulées  tenu en laisse et flûte orgiaque déchaînant des tempêtes. Mon espoir de trouver une source inexploitée de jouissance esthétique dans ce paganisme coloré n'eut pas la moindre occasion d'y germer. C'était grotesque à force de burlesque, c'était banal en se voulant original, c'était pratiquement lamentable de bout en bout, même si la campagne d'insémination artificielle pour toutes annonçait grosso merdo, comme dit l'un de mes amis, les avancées de notre actualité. La dérision de la classe bourgeoise et de ses programmes de profit n'atteignait pas la dénonciation, l'intrigue (aussi farfelue que dans Elena et les Hommes mais sans la moindre finesse) s'étirait sans complexité, l'interminable scène de déchaînement orgiaque n'avait rien de la magnifique conclusion en valse lente qui enivre les couples tandis que Juliette Greco chante à la nuit sur un ton désabusé. Mon jugement s'est même durci pour cette deuxième vision. Du Pagnol de bas étage, un peu bêtifiant, retour à la terre en croyant filer une grande idée... J'aurais mieux fait d'aller me coucher.

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commentaires

P
Mais non je ne suis pas chatouilleux sur le cinéma (je l'aime) (d'ailleurs je ne suis pas susceptible - et de plus, vous êtes chez vous) si vous avez vu le Plaisir, tant mieux - c'est un beau film : Ophüls parle de ce temps-là mais parle aussi du sien j'ai vaguement l'impression (comment faire autrement hein ...) - je ne suis pas non plus fan fan de Pagnol mais passons - j'ai bien aimé Le Déjeuner sur l'herbe (il faut peut-être dire que lorsque je l'ai vu, il était défendu/expliqué/donné à voir par Claude Beylie) (je l'aimais bien aussi, c'était un de mes profs, au siècle dernier). Amitiés tout autant chère Lucette...
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P
Non, vous avez bien fait de le revoir et de le regarder à nouveau - même si le dispositif est un peu léger, il permet de trouver quelque chose d'impressionniste (tout comme on trouve quelque chose de communiste dans le Crime de mr.Lange qui en indique le moment historique) (d'autant qu'il y a Jules Berry, et quand il y a Jules Berry c'est assez différent de Paul Meurisse, certes) - sur le même topo, disons, je vous conseille (si je peux me le permettre, évidemment) de (re)voir "Le plaisir" (Max Ophüls, 1952) antérieur certes, mais (surtout le volet Maison Tellier) peignant aussi (fin 19ème sans doute) les moeurs du début de la deuxième moitié du siècle précédent
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D
Cher PdB, je reprends la plume. J'aime "Le Plaisir", j'aime"La Maison Tellier" peignant les moeurs du temps de Maupassant (l'un de mes favoris). Mais justement les films lui sont fidèles, donnant une image-clé de cette époque, tandis que ce malheureux "Déjeuner sur l'Herbe" ne correspond à rien comme peinture de l'après-guerre. Du Pagnol de bas-étage, vous dis-je! (et j'espère que je ne vous offense pas). Amitiés

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