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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 11:55

FEMININ SINGULIER

 

          Ce conflit dans lequel le beau sexe s'est jeté à corps perdu, histoire de briser à tout jamais la supériorité du sexe mâle (qu'on n'ose tout de même pas appeler le vilain sexe, car on continue par en-dessous de lui jeter des regards  langoureux et peut-être même d'envie non avouée) me paraît d'un ridicule achevé. Aucun mâle, à ma connaissance, ne s'est jamais senti diminué bafoué écapouti par le E ajouté à tous les noms de métiers pratiqués également par ces dames (et si ces dames sont toutes fières d'avoir acquis à si bon compte l'entrée dans la masculinité, je ne serais pas fière pour ma part d'être étiquetée sapeuse-pompière par exemple). Celles qui par fonction sont des mannequins vont-elles ajouter le E salvateur? Et si on en est arrivé à bousculer et piétiner les règles fondamentales de l'orthographe et de la grammaire, je ne vois pas pourquoi les malheureux habillés de féminité sans l'avoir voulu ne protesteraient pas aussi, de manière à renforcer leur appartenance au sexe fort : une vigie par exemple, une sentinelle, une émule, une ordonnance? Cela ne résonnerait-il pas plus affirmé - donc mieux sexué sur le plan de la grande bagarre - s'ils se supprimaient le E cher à ces dames?

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commentaires

F
Ce n'est pas récent, mais JF Revel l'avait très bien dit...<br /> Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.<br /> Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.<br /> La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.<br /> Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.<br /> De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?<br /> Absurde!<br /> Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.<br /> Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.<br /> Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.<br /> Certains substantifs se féminisent tout naturellement: une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.<br /> <br /> Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.<br /> J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.<br /> Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.<br /> Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique: faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.
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