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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 12:03
Les parfums d'oie rôtie, de marrons, de saumon, de charlotte ou de bûche au Grand Marnier, dans le désordre mais entêtants, flattent mon imagination sans m'atteindre le moral. Je suis toute seule, je me régale à l'idée du bon riz pilaff que je vais me préparer dans quelques minutes, je complèterai par quelques radis pour les vitamines et je serai heureuse comme tout. Je n'aurai pas participé au gavage des oies ou des canards (même si j'ai vraiment aimé le foie gras autrefois) ni à l'abattage des volailles qui traditionnellement paradent sur nos tables (même si, malheur à moi, j'ai pendant des décennies préféré la pintade et le poulet de Bresse aux grosses viandes rouges, Charolais ou Limousin par-ci pour le rosbif, Drôme ou Ardèche par-là pour le carré d'agneau). Pas non plus,   qu'elles soient indiennes ou bien de chez nous, accepté le tranchage en deux des grenouilles, pièce par pièce, les cuisses d'un côté l'avant-train de l'autre, lequel on rejette généreusement dans l'eau histoire de voir s'il va nager aussi bien que quand il faisait partie d'une bête à quatre pattes. De toute évidence, le bon cru sur lequel je vais porter mon choix tout à l'heure - un Pommard, un Vosne, un Volnay , je ne sais pas encore, et d'être encore dans l'incertitude cela me rend tout enivrée d'avance, grosse jouissance à faire durer comme si j'avais ouvert trois bouteilles - se défendra merveilleusement avec le morbier et le boursault sans faire de mal à quiconque. Avoir en fin de vie réussi à mettre en accord avec les résignations de mes papilles mes principes de coeur, c'est peut-être le tour de force dont je me sens le plus fière.
Je conçois que si quelque oeil indolent se traîne sur l'austérité de mon menu au sortir de table - en admettant qu'il puisse encore distinguer quelque chose - il ne facilitera guère la digestion, en insérant dans la satisfaction béate du processus des remords de morale carrément hors de saison. C'est pourquoi je vais remettre à demain la poursuite de mes élucubrations personnelles et littéraires : aujourd'hui c'était jour de fête, pause, sieste, farniente si le permet le bruit des mômes avec leurs trompettes, tambours et instruments informatiques encore plus retentissants pour peu qu'à quelques-uns ils se livrent à une guerre des étoiles . Je vais caresser tous mes chats l'un après l'autre, sans gâcher le silence qui nous baigne et que je chéris. Si vous ne caressez pas le vôtre, saluez-le au moins de ma part, surtout si y a personne chez vous.




                                                                                                   Lucette Desvignes










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