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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 18:26
Quand j'attaque un nouveau chapitre de blog (vous voyez bien : j'emploie le verbe attaquer, c'est un comble) ,j'ai l'impression que j'ai en face de moi une tâche énorme à laquelle je dois me colleter en jetant toutes mes forces dans la bataille (tiens! la bataille... encore!).Il est vrai que cela me demande du temps et de la matière. Quand je parle de ce blog à des initiés, ils rient et me disent que je me suis mis un drôle de poids sur les épaules. Je verrai donc si je tiendrai le coup longtemps. Pour l'instant, encore tout feu tout flamme. Et, si je ne me trompe pas, de la réserve. Parfait. On verra.
J'ai appris toutes sortes de choses sur Hérode, hier. De là à lui consacrer une biographie... J'ai tort, sans doute : la biographie est la nouvelle forme de la littérature. Elle est d'ailleurs d'autant plus facilement pratiquée qu'elle tourne allègrement le dos à tout ce qu'exigeait la tradition historienne dans sa conception la plus pure - respect de l'individu, respect des faits, modération dans les suppositions, recherches fièvreuses et poussiéreuses ( mais parfaitement!  la recherche historique peut très bien être à la fois fiévreuse et poussiéreuse : moi qui suis par exemple allergique aux poussières des vieux livres, je suis allée une fois faire l'un de mes stages à la BN quand elle était encore Rue de Richelieu, je travaillais avec fièvre sur de vieux bouquins et  j'ai dû battre en retraite à cause d'éternuements incoercibles qui dérangeaient tout le monde et son père - heureusement que je ne travaillais pas, cette fois-là, sur des manuscrits de théâtre comme si souvent : on m'aurait virée manu militari comme une anarchiste destructrice délibérée du patrimoine écrit). Désormais,  de même que tout journaliste se sent autorisé à se dire écrivain, de même tout biographe se targue d'une totale indépendance vis-à-vis de son bonhomme (c'est le cas de dire qu'il ignore la notion de biotope, ou qu'il la piétine fièrement : oui, c'est plutôt ça). On invente du dialogue, on imagine des entrevues, on prête audit bonhomme des sentiments, des pensées, des initiatives sans du tout s'embarrasser de vérifier si c'était bien du matériau pour biographie, ou plutôt en étant bien sûr que c'est de la matière inédite, imaginée pour la beauté de la chose. C'est que le brave public est conscient de ses ignorances, même s'il les baptise pudiquement insuffisances : alors, comme on a créé autour de lui une espèce de biotope culturel dans lequel il circule mollement sans trop savoir ce que c'est que la culture, il voudrait bien rattraper le temps perdu, donc il lit des biographies. Cela lui donnera, pense-t-il, un fond de teinture de l'époque, manière comme une autre de combler des lacunes en forme de cratères de volcan. Que ça soit vrai ou non, ce qu'on lui dit dudit bonhomme, peu importe au fond. L'essentiel n'est-il pas de se documenter? Lecteurs, ne lisez pas les biographies d'Agatha Christie ou, pourquoi pas c'est à la mode, de Jean Moulin - je ne parle de ces deux-là que par expérience - car le rapport avec la vérité est aussi ténu que le fil d'Arachné. Lisez plutôt des biographies de sportifs ou de chanteurs : si la vérité est malmenée pour ceux-là, qu'importe? (que m'importe à moi, en tout cas?). Vous aurez l'impression d'entrer tout vivants dans la légende culturelle de notre époque.
J'aurais tellement à dire sur la biographie que je suis bien sûre d'y revenir, ce qui m'ôte de la conscience le remords de vous abandonner sur ces tristes considérations. Rien de si triste, en effet, que de voir rendus si mortellement ennuyeux des gens morts auxquels on accordait encore si volontiers la vie... Les voilà piqués sur leur liège, pattes repliées, antennes en berne, uniformément ternes et humiliés, dans des vitrines où on les a alignés par dizaines. Les pauvres! Ils s'appelaient carabes dorés, cicindèles, coccinelles, courtilières, pyrrochorus, zygènes... les voilà en boîte, et ce sont ces vitrines qui pérenniseront la connaissance de leur morphologie. De quoi prendre le maquis, non? Oh je le prends souvent. Sans jamais oublier de saluer les chats des voisins, faites de même, allons un bon mouvement!
                                                                                                         Lucette Desvignes.














































  
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commentaires

A
C'est chez Jünger ( " Chasses subtiles " je crois ) que j'ai linguistiquement découvert les cicindèles. Quant à la, ou plutôt aux zygènes, c'est la poursuite des papillons equi m' y a conduite. Quel régal que de se répéter " zygène de la filipendule, zygène de l'esparcette ". Merci de me les faire retrouver par un froid matin de janvier. Comme vous le voyez, je suis reconnectée depuis quelques jours. Ouf !<br /> Amitiés. Anne
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