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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 09:42

Le clin d'oeil quotidien, matutinal, jeté au blog de Chevillard dès le réveil (une manière comme une autre d'ouvrir l'esprit pour la journée) m'oblige en quelque sorte aujourd'hui - oui, m'oblige : non pas pour faire comme lui, bougre de bigre! c'est pas le style de la maison, mais il se trouve que certaines suggestions ont force de loi  - m'oblige, donc, à inclure l'étalage de mes goûts et préférences dans le domaine de la littérature. Cela n'aura pour vous aucune valeur de nouveauté : J'ai déjà eu l'occasion de les mentionner, d'en mentionner du moins quelques uns - les doigts de la main... - ceux qui m'ont causé mes grands chocs littéraires, sujets, style, structures, contacts profonds. J'avais à cette occasion l'autre jour négligé de mentionner Céline, et pourtant il fait bien partie de ces écrivains que vous recevez en pleine figure, presque en coup de poing - bien autant que la littérature américaine des années trente, si concrète si brutale si brute, pendant que nous en étions encore à Mauriac ou à Maurois, Paul Bourget et Henry Bordeaux à peine dépassés. Toujours une guerre de retard (qu'est-ce que je vous disais? Il y a des gens chez nous qui viennent seulement d'apprendre  qu'il y a une guerre en Palestine, et à en croire notre intox maison elle cause surtout des ravages sur le territoire israëlien, les terroristes ayant, les monstres, enfin trouvé un moyen de remplacer leurs cailloux par des roquettes qui tirent tout de même un peu plus loin que ce que les gamins étaient capables d'atteindre avec leurs pierres). Oui, il avait bien creusé un beau cratère là où il s'était posé en urgence, Céline. Tellement gros, même, que personne n'avait osé le suivre : se pencher sur les bords du gouffre paraissait déjà suffisamment dangereux. Il avait fallu du temps pour digérer cet apport, pour s'en nourrir (et pour beaucoup c'était indigeste, pas question d'en tirer sa subsistance, mais il y en avait toutefois quelques-uns à qui ce coup de poing en pleine figure - l'équivalent de cette littérature américaine en coup de poing dont je parlais plus haut - avait paru médication nourricière, vitaminée, allant jusqu'à la succulence). Une fois l'action du temps accomplie en sous-main, s'était ouverte la voie d'autres canons, d'autres effets à prévoir sur le lecteur, d'autres figures de style. Bien entendu le lecteur lambda était tenu en dehors de toute cette effervescence; il continuait dans ses classiques, y compris les classiques de gare, ça lui suffisait, au fond. On tenait moins compte de lui, de ses goûts, de ses capacités, de ses desiderata qu'on n'en tient compte de nos jours - c'est surtout, rayon éditeurs, les décideurs qui tiennent compte du niveau de ce cher public : n'est-ce pas lui qui paie, en fin de compte, ne doit-on pas le flatter dans le sens du poil? C'est pourquoi on est bien contraint de les entendre, les commerciaux ont la parole, et s'ils ne l'ont pas encore ils la prennent, ils ont le verbe haut partout, ils tranchent doctement pour les couvertures, les titres, la longueur, sur le siège arrière l'écrivain n'a plus qu'à se faire tout petit.      Et quand je dis : dans le sens du poil... C'est pas la bonne formule, ça, pour arriver à la jouissance générale. Vous devriez voir mes minets quand je les brosse à contre-sens... C'est alors qu'ils se tortillent, qu'ils ronronnent, qu'ils se mettent sur le dos pour que je n'oublie pas le ventre. Ce serait, je crois, un exemple à méditer: pour réussir l'entente entre lecteur et écrivain, c'est-à-dire pour établir entre eux un vrai grand plaisir partagé, il faudrait passer par-dessus les commerciaux et abandonner la formule du sens du poil. Tout le monde y gagnerait, j'en suis certaine. Maintenant, ce que j'en dis... A demain. C'est dimanche mais je ne ferme pas boutique ce jour-là, vous avez déjà pu vous en rendre compte. De toute manière, d'ici là, n'oubliez pas les chats, tonnerre!

 

                                                                                                                     Lucette Desvignes

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