Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 16:47
J'avais mis en exergue, juste avant d'entamer le premier chapitre du "Miel de l'aube", une citation de Robert Pinget que je trouvais parfaite pour annoncer la couleur : "j'entends les mésanges et le chant des merles, l'heure des souvenirs, en a-t-on, en a-t-on... cette fois est la dernière, je ne consulterai plus mes enfances passées". Je n'ai pas eu l'occasion de vérifier si Pinget s'en est tenu là, à savoir ne plus parler de ses enfances - d'ailleurs chaque titre de Pinget m'apportait, m'apporte encore (je suis fidèle à mes amours)  l'ivresse nécessaire à la survie intellectuelle,  et je n'ai jamais pensé à vérifier s'il mentait ou non. Je parle de cette citation à cause de cet impressionnant "cette fois est la dernière"... J'ai bien essayé de ne plus parler de mon père, de mes enfances - rien à faire, c 'est un matériau foisonnant qui affleure jour après jour (une idée, un mot, une intonation, une réplique). Toujours dans la jovialité, la bonhomie - un de mes beaux-frères disait de lui "C'est un philosophe, oui, un philosophe", et c'était vrai. Je n'ai encore pas assez parlé de lui, il faut croire, puisque tant de choses non dites me viennent encore en foule. Ainsi ce "Jean, sauve ta cafetière" qu'il disait en prenant son chapeau et en laissant ma mère à ses remarques acides. Pour moi, cette retraite cavalière s'accompagne de l'aimable réflexion qu'il faisait d'autres fois, devant ma mère d'ailleurs c'était beaucoup plus drôle, lorsque pour exprimer sa satisfaction d'être en vie, après un bon repas, il précisait qu'avec ma mère il était heureux "comme un p'tit poisson dans l'vitriol". Je ne sais pourquoi les deux choses me viennent aujourd'hui, mais j'y puise - c'est nécessaire - une raison de dominer les éléments contraires.
Car éléments contraires il y a. Il est difficile de rester toujours sur son petit nuage, il y a toujours, inexorablement, des filins qui vous ramènent à terre (j'emprunte les filins à une série de toiles de Leygonie, ses acrobates, s'élevant dans les airs avec leurs sauts ou leurs perches mais sans cesse retrouvant le contact avec le sol - dur, froid, bas - au terme de leur envolée). Cela  veut donc dire que je suis retombée sur le sol, mais oui - ça m'arrive, les gnons, les coups durs, les gros chocs brutaux. Je ne vous donne pas de détails, nous n'en sommes pas encore arrivés là dans l'amitié, mille excuses, mais du moins je vous donne une idée de l'atmosphère bloggueuse d'aujourd"'hui. Cela ne durera pas, soyez-en bien assurés. Les souvenirs d'enfance me ramènent par la même occasion à Jeanne, mon aïeule, dont l'histoire a toujours été une sorte d'épopée où la fierté commandait de redresser la tête après chaque déception - et pour elle déception cela voulait dire sale coup du sort, à mainte reprise. Redresser la tête... Si elle l'a fait à chaque fois, je peux bien le faire moi aussi, même si c'est un sale coup du sort qui m'agresse aujourd'hui. Bon. J'ai quand même fait mon travail, puisque j'ai jugé bon de vous expliquer pourquoi aujourdh'ui je versais dans la mélancolie. Demain la tonalité sera plus gaillarde. D'ici là, bonne soirée à vous. A plus, comme disent les gamins chez nous (et les moins gamins qui voudraient continuer à faire jeune). A plus, donc. N'oubliez pas les chats! 
Partager cet article
Repost0

commentaires

A
Vous sentirez-vous justifiée par Le Clézio déclarant : " Il m'a toujours semblé, comme l'a dit Flannery O'Connor, qu'un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie, où le principal lui a été donné " ?<br /> N.B. Un romancier, oui, mais une romancière ? Pour s'en tirer il faudrait peut-être dire " une personne qui écrit des romans ".
Répondre

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens