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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 10:34
C'est un beau titre, pour une fois : on dirait du Pinget, c'est tout dire (Pinget, oui : si vous ne connaissez pas, vous auriez intérêt à vous documenter). Un des grands de Minuit ancienne formule : Claude Simon, Samuel Becket, Robbe-Grillet, Butor, peut-être même Sarraute ou Duras (mais moi je suis pas fan de ces deux dames, c'est peut-être parce que j'ai toujours préféré la compagnie des messieurs, c'est bien possible). Un beau titre, donc - mais tout dépend de ce qui va trouver place entre les deux couvertures, comme on dit en anglais (et, naturellement, à supposer que le tout soit agencé comme une chose publiable avant même de tenter d'être publiée : en matière de texte à lire, il y a loin de la coupe aux lèvres, je ne vous apprends rien). En fait, le personnage (avec ou sans son biotope, ça c'est un autre sujet) n'existe pas dès le démarrage de votre histoire. Vous le sentez en vous, bien entendu, il est là,  tapi, muet, presque comme une tumeur bénigne, comme une petite induration, si vous appuyez un peu il va se mettre à vous gêner. D'ailleurs, si vous essayez de le négliger, si vous faites comme si vous n'aviez pas vu qu'il guettait votre regard, il va se mettre à s'agiter, à prendre du volume, à vouloir sortir. Vous ne pouvez que laisser faire. Et il finit par vous apparaître, pas encore grandeur nature, encore très marqué par ses zones d'ombre, se dissimulant à votre curiosité. Furtif, farouche presque. Vous ne voyez pas son visage  - et pourtant, calculez un peu le nombre de romans que vous avez lus qui vous infligeaient le portrait des individus au fur et à mesure qu'ils apparaissaient dans le récit : pour certains auteurs c'est une manie que cette sage application des principes balzaciens, dans la lignée des "sourcils à racines perdues" (?? on frissonne d'avoir à rencontrer ça dans un thème d'agrégation) ou des mensurations en pouces du mollet du Père Grandet, mais pour certains autres -  pas forcément les meilleurs oh là là -  cela occupe de l'espace, et s'ils ne savent pas pour eux-mêmes la couleur du poil, la stature, le poids, le teint, on les sent malheureux, aliors qu' une fois le portrait bien avancé ils ont l'impression que l'histoire avancera du même pas . Gageons que vous aussi, la plupart du temps, vous êtes bien contents quand on vous précise à quoi ressemblent les individus mâles et femelles qui surgissent tout d'un coup dans les paragraphes de ce que vous lisez. Ce doit être la fréquentation des magazines des salons de coiffure qui vous a formés intellectuellement, ma parole : pas une ligne de texte sans son image, on peut même se passer complètement de lire le texte du moment qu'on a vu de qui il s'agit (mais on sait tout sur le mâle ou la femelle : tour de taille, tour de poitrine, longueur de jambes, renflement des deltoïdes, musculature des pectoraux, accessoirement aussi le début ou la fin des liaisons avec l'ivresse ou la consternation les accompagnant - "Entre eux deux c'est fini!" ou "Sera-ce la grande passion cette fois-ci?" - si c'est là que vous tirez vos principes de lecture donc votre goût pour la lecture des romans, eh bien à la bonne vôtre! Vous ne méritez même pas que je vous entretienne de la naissance du personnage, je ne reprendrai que demain tant je suis découragée de vous amener à quelque chose. Il me reste juste la force de saluer vos chats. A demain, je vais tâcher de vous retrouver mais, vous savez, ce sera un  gros effort de ma part, et seulement parce que j'ai le sens du devoir bien enraciné. Je vous parlerai encore du personnage, si vous voulez vous abstenir, faites, faites...
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