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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 11:09

Les gestes du personnage, surtout dès les premiers contacts du lecteur avec lui, sont à mon avis  aussi importants que sa taille, la teinte de ses cheveux, la couleur de ses yeux. Ce qu'on doit deviner est tellement plus gratifiant, dans une lecture, que ce qui vous est asséné impérativement... Et chaque geste a une portée, une signification, traduit - voire trahit - un élément de sa personnalité. Ainsi je pense à la première rencontre de Marrain et de Jeanne (j'avais bien entendu totalement oublié qu'il s'agissait avec eux de mon grand père et de ma grand-mère maternels : pour moi ils étaient deux êtres dont la passion devait se mettre en branle dès le premier échange de regards, même et surtout si cette mise en branle était souterraine, ignorée d'eux encore pour quelque temps). La rencontre avait lieu   en dehors du cercle de famille regroupé à la cuisine, autour de la lampe à pétrole. Marrain est allé chercher dans le couloir où il les avait laissés les cadeaux de poterie qu'il avait destinés aux uns et aux autres, histoire de leur montrer son savoir-faire et son imagination de potier qui voudrait sortir  des sentiers battus. C'est donc dans le noir qu'il rencontre Jeanne, arrivant essoufflée de chez sa cousine et craignant de se faire gronder pour son retard. Elle débouche dans le couloir, et lui tient à la main la lampe à essence qui sert lorsqu'on se déplace d'une pièce à une autre. Il vient de déballer un ou deux de ses présents, il comprend qu'il va peut-être lui causer de l'effroi, à elle qui entre en trombe dans ce couloir sans savoir qu'il y a quelqu'un. Alors au lieu de lui braquer la lumière en plein visage - ce qui serait l'aveugler, ajouter encore à sa confusion - il approche la lampe de son visage à lui, afin qu'elle puisse le voir, qu'elle s'apaise, qu'elle ne se sente pas agressée.Ce qu'il dit n'a pas d'importance, elle ne l'a peut-être même pas entendu. Vous êtes Jeanne, bien sûr. Je suis Marrain, je vais rester quelque temps. Nouvelle variation sur l'air de Moi Tarzan, toi Jane - je vous dis ça maintenant, mais je vous assure qu'on n'y pense pas quand on les devine dans l'obscurité de leur couloir. Et Jeanne a surpris

Marrain un genou en terre pour mieux déballer les poteries de la malle - elle le verra donc d'abord de haut,  tandis que lui va pester quelques instants sur cette position qui humilie le mâle en lui. Ce sera pourtant l'atttude qu'il aura toute sa vie auprès de Jeanne, à laquelle il vouera une passion sans limite. Et elle, le souffle coupé, rassurée de découvrir ses traits à lui éclairés par la lampe à essence, garde sans y penser une main plaquée en étoile contre le bois de la porte, l'autre cramponnée à son fichu sur sa gorge : c'est la stupeur, l'expression d'une surprise  qui va jusqu'à l'incrédulité  (la seule chose que Jeanne eût demandée au Père, lors de sa première visite qui organisait le séjour de Marrain à la poterie de Cluny, c'était "Est-ce qu'il est beau au moins, votre fils?" ). Symbole aussi, cette attitude de Jeanne ainsi plaquée contre la porte, de cet attachement au premier amour: par-delà le déroulement de sa vie cahotante, son dernier mot sera le nom du bien-aimé. La couleur de ses yeux, la lampe à essence ne la montrera pas alors, ils auront d'autres occasions plus logiques d'être objet d'attention. Moi j'aime distribuer les effets du physique en fonction de leur rôle. Mais si vous préférez tout recevoir en paquet, en vrac, dès l'apparition du personnage, libre à vous. Il ne vous sera pas difficile de trouver des histoires où la photo des uns ou des autres vous sera offerte en prime. Bonne chasse! je préfère me retirer sur la pointe des pieds en vous chargeant seulement de faire mes politesses aux chats. Peut-être à demain, alors?

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