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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:36

   Baudelaire parlait si bien de l'ennui pesant sur vous comme un couvercle, c'était un jour comme aujourd'hui qui avait dû l'inspirer. Triste, gris, lourd, l'impression que ce qu'on respire c'est un air épais, et qui va vous faire faute d'un instant à l'autre. Pas la moindre luminosité en aucun point du ciel, qui s'étend opaque, se bornant à décliner (au sens latin, pardonnez-moi, je n'y peux rien) les nuances d'un blanc sale : le blême, qui est le blanc jaune, le blafard, qui est le blanc bleu, et le livide,  qui est le blanc vert. Et les squelettes des frênes en bordure du parc, grêles et souffreteux dans leur gris noirâtre,  avec leurs touffes de gui plus sombres que j'aimerais pouvoir prendre pour des nids de corbeaux (mais hélas je sais bien qu'en trente ans les corbeaux si nombreux à mon arrivée ont tous disparu) n'arrangent rien côté joie de vivre. Ce serait le moment de s'exclamer "Sursum corda!" avec panache (ah oui,  c'est vrai, pardon : "Haut les coeurs",  rien de plus - vieille formule démodée,"Hands up!" c'est beaucoup plus populaire et beaucoup plus pratiqué, mais en toute franchise "Haut les mains!" ne m'arrangerait guère non plus aujourd'hui, même si "Haut les coeurs!" reste aussi sans effet). Il y a des jours comme ça, que voulez-vous. C'étaient les jours sans, on disait ça pendant l'Occupation, c'était tout ce qu'on pouvait faire et ça ne consolait pas non plus. On disait ça sur un ton résigné et tristounet, c'était tout ce qu'on pouvait se procurer sans ticket. "One of those days", dans la langue de la perfide Albion - ton tristounet aussi, la voix en descente, quatre syllabes qui se perdent au fond de la gorge.
   Bon. Tout le monde a compris. Un jour triste, oui. L'inspiration ne va guère pouvoir décoller, ou si peu! Si je pouvais compter sur vous, mes belins-belines, je me dirais :" Oh, ils vont se manifester, ils vont me dire un petit mot - même si c'était "Eh bien chez nous au contraire on a un beau ciel bleu, qu'est-ce que vous nous racontez avec votre temps de cafard?" , oui, même si c'était pour me hausser carrément les épaules en pleine face, je verrais tout à coup le ciel s'éclaircir, perdre ses variations sur le blanc malpropre, peut-être même que j'apercevrais un petit coin de bleu, du bleu pâle, du bleu azur, du bleu nuage, du bleu céladon, du bleu turquoise, du bleu bleuet. Oui, mais voilà : vous ne vous manifestez pas.... Mais j'y pense ("'Mais c'est bien sûr", comme on disait à la fin des Cinq Dernières Minutes) - vous ne pouvez pas vous cultiver en conversant avec moi! Bien sûr que non, vous êtes tous et toutes dans les embouteillages, les kilomètres de bouchons, les aires de repos surpeuplées (si vous avez pu vous y enfiler -  sans d'ailleurs avoir réfléchi au moyen de vous en sortir, ça se fera pas tout seul non plus, qu'est-ce que vous croyiez, mes petits pigeons?), les heures de conduite exaspérante qui vont réduire d'autant le bienfait de vos vacances de neige... Ce serait plutôt à moi à vous consoler, à vous encourager! Courage, donc, mes belins-belines, courage, vous allez pouvoir vous remettre de vos fatigues demain en regagnant le bureau, c'est fait pour ça, la reprise du travail. Du coup, je pense à vous avec soulagement, ça me redonne un peu de tonus, à demain, bien le bonjour à vos chats si y a personne chez vous. A demain, bon dimanche pour ce qu'il en reste.

 

                                                                                                                  Lucette Desvignes




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