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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 11:00
     Je n'ai pas tellement parlé du pronom, au fait, hier, mais tous les préliminaires vous ont été présentés,  on peut donc démarrer sans problème. J'ai d'ailleurs dans l'intervalle réfléchi sur ce point, puisque (vous le savez déjà, mais si ça me fait plaisir à moi de le redire ici,  venez me trouver pour m'exposer votre mécontentement, voire votre ire, je suis toujours disponible pour vous) je supervise les traductions des nouvelles et contes à paraître en anglais en cinq gros volumes. On ne se rend pas compte, quand on écrit, de la difficulté dont les traducteurs vont hériter du seul fait de ces fichus pronoms. Quelquefois je tombe sur une phrase devenue incompréhensible en anglais : pas la peine de chercher bien loin, c'est la faute au pronom! Moi j'écris "son" et "sa" dans la même phrase, en français on comprend (du moins j'ose l'espérer) que l'un  correspond à un homme l'autre à une femme, tout est clair comme de l'eau de roche. Imaginez l'embrouille de pinceaux du traducteur entre "his" pour l'une et "her" pour un autre : tout est fichu, tout s'écroule, impossible de donner le moindre sens à la phrase. Les Américains en Irak appelleraient ça du dégât collatéral, mais, comme en Irak, la chose a une importance capitale, essentielle, absolue, pour l'individu qui se trouve l'objet du dégât :  si le lecteur ne peut comprendre une phrase où le traducteur a pédalé dans la choucroute, c'est à l'écrivain qu'il fait d'instinct porter le chapeau, pour la réputation de l'écrivain ça finit par faire désordre.
     Mais laissons les complications inhérentes à la traduction. C'est de l'écriture dans son premier état que je voudrais vous entretenir. Il y a des auteurs - et je suis sûre qu'il s'agit là de la majorité - pour lesquels la troisième personne est celle réservée à l'étranger ("ille" peut-être, dirait-on en latin), la deuxième est réservée à l'individu d'en face ("iste" sans doute, nuance péjorative vaguement perceptible) et la première personne celle du moi tout puissant ( du moi vengeur, du moi épanoui, du moi sinistre, du moi sûr de lui - rarement, très rarement, du moi de l'auto-dérision, mais alors c'est un régal). Autrement dit, l'utilisation est conforme à l'usage prôné strictement par les premiers contacts avec les conjugaisons : moi je, toi tu, il ou elle. Seulement, attention! Il est bien rare aussi que le code ainsi défini ne soit point perverti, voire gauchi (et vous sentez dans ce dernier adjectif toute la force d'opprobre, toute la méfiance  qu'on peut  mettre). Même chez les auteurs médiocres (et, pour citer Pinget derechef, "en a-t-on, en a-t-on"!) il se trouve que plein d'audace l'un ou l'autre emploie fièrement un JE qui ne le recouvre pas le moins du monde : "Je passais dans cette rue où ,à dire le vrai, je n'avais rien à faire lorsque soudain mon attention fut attirée par un personnage insolite"... : un jeune enfant pourrait imaginer qu'il va avoir la primeur d'une histoire réellement arrivée à ce JE bavard, eh bien nous savons qu'il n'en est rien. De même - et souvent sous les mêmes plumes - une audace équivalente permettra à un Il ou à un Elle de camoufler une opération de confession des plus banales. Comme si le changement de pronom était un paravent, à sortir comme un riflard en cas d'averse! Mais enfin jusque-là je pense que vous m'avez suivie, prêts à admettre avec moi  que rien n'est plus trompeur, en somme, que ce que les pronoms ont l'air de dire. Il n'y a vraiment que dans les conjugaisons qu'on peut s'y fier - et encore :  quand vous dites "Je chante", "Tu chantes", "Il chante", c'est du bidon, on s'ennuie  rudement en conjuguant. Ainsi ,vous le voyez, je vous dévoile les chausse-trapes  de l'emploi du pronom. Pour l'instant c'est encore bien innocent, vous n'avez pas de mal à suivre. Mais attendez demain qu'on en arrive à mes Tu, à mes Il, à mes Vous. S'agira de vous cramponner,  mes belins-belines. Prenez donc des forces, reposez-vous (pour autant n'oubliez pas vos chats). A demain.
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