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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 11:27
     J'espère ne pas me tromper dans la numérotation de mes épisodes : je panique dès qu'un chiffre, si menu soit-il, entre dans mon champ de vision (vous imaginez ce que ça donne : je ne sais pas compter, je raisonne toujours en anciens francs donc les conversions avec moi se chargent du plus haut comique, je ne peux retenir un numéro de téléphone ou de mail d'une minute à l'autre, bref, au-delà de dix ou onze je suis complètement perdue). Je crois que nous en sommes à "Du pronom 3", c'est peut-être seulement "Du pronom 2", vous rectifierez de vous-même, je vous fais confiance. Si d'ailleurs cette mise en série d'un thème aussi grave vous fait soupirer, allez donc voir sur le site de Madonna si j'y suis. Ah mais!
      Je vous prévenais, hier, que nous attaquerions aujourd'hui de grandes difficultés. En effet, cette troisième personne qui remplace, dans l'expression romanesque écrite, le JE instinctif et profond n'est que l'aspect le plus simple du problème, le premier degré en quelque sorte, ou si vous préférez le premier volet d'un triptyque compliqué (au contraire de la panique qui s'empare de moi devant les chiffres, vous pouvez voir que pour les envolées lyriques et les métaphores hardies je ne crains personne - d'ailleurs, au fond, il n'y a même pas de lyrisme ni de métaphore hardie, c'est moi qui m'emballais gratuitement). Je vais vous en donner un exemple (j'espère qu'il éveillera en vous des échos connus fussent-ils lointains et  plutôt pâlis, ou alors qu'il vous frappera comme une acquisition définitive de votre richesse intérieure). Ainsi, dans "Le Grain du Chanvre" - qui continue sur une deuxième génération la geste des potiers remplacés par des enseignants - le chapitre intitulé "Vacances de Pâques : la dernière promenade", avec comme sous-titre (mais oui, chez moi on ne se refuse rien) "Séverine dialogue avec le silence", évoque la dernière promenade en plein air, au Lac des Settons pour ne rien vous cacher, de la Babouchka (l'ardente petite Jeanne des "Noeuds d'Argile") avec sa petite-fille Séverine. : "A petits pas, à tout petits pas, elles descendaient l'escalier. Elle avait bien conscience qu'elle entourait sa Babouchka comme s'il s'agissait d'un bébé qui commencerait à marcher, elle lui tenait le bras avec autorité, et pourtant ce n'était pas par crainte du verglas, bien sûr au beau milieu des vacances de Pâques exactement comme cette année elle avait déjà vu la pierre des marches aussi luisante qu'une vitre et comme passée au savon" (p.590). Le ELLE de la troisième personne remplace le JE de l'expérience de l'écrivain : Séverine, c 'est moi tout au long de ce chapitre; cette promenade, c'est la dernière que j'ai faite avec ma grand-mère, ce fut ma dernière occasion de la voir. Le JE qui s'imposait irrévocablement dans mes souvenirs d'enfance et d'adolescence pour"Le Miel de l'Aube", puisqu'il s'agissait de mes souvenirs tout nus, détachés de toute interprétation romanesque, n'avait pas sa place ici. J'étais incluse dans le déroulement de la saga, j'arrivais à la deuxième génération d'après Jeanne, j'étais acteur dans cette ultime promenade, je ne pouvais faire autrement, d'abord que d'y figurer, ensuite que d'adopter le principe littéraire de l'écriture. Donc Elle au lieu de Je - mais la position du personnage, l'intention, les remarques accessoires (par exemple l'évocation du verglas présent d'autres années à la même date, pour opposer les raisons d'être du geste de protection - non, ce n'est pas le verglas, c'est seulement que Jeanne est très malade) tout cela s'ancre avec aisance dans le déroulement du récit, sans couac. Le Je n'y figure pas, mais ce Elle qui le remplace est transparent, l'essentiel étant pour l'écrivain  de transmettre les impressions ressenties, pour le lecteur de les ressentir à son tour, probablement à travers les souvenirs de ses expériences personnelles. Ainsi cette accumulation, cette superposition de souvenirs d'expériences vécues tisse entre l'auteur et le lecteur uine communauté de sensations ou d'impressions qui signe l'authenticité du passage. Je vous ai choisi ce passage-là parce qu'il est facile à suivre, mais bien d'autres passages dans mes écrits me représentent, que je l'avoue ou non (je vous ai cité il y a quelque temps déjà - à moins qu'il ne soit resté coincé dans les "articles sauvegardés" de mes débuts si tâtonnants -   ce passage des "Noeuds d'Argile" où Jeanne s'empare avec fougue du vieux chat pour le serrer sur son coeur parce qu'on vient de lui dire qu'il perd ses poils et est plein de puces : une de mes étudiantes, il y a bien longtemps, m'avait écrit que ce geste me trahissait, que c'était indiscutablement moi qui serrais ce vieux chat sur mon coeur... On pourrait instituer un petit jeu à travers mes bouquins : qui c'est, ce "Elle-là?" Je parie que c'est vous  Et qui c'est, ce "Il-là"? Je parie que c'est encore vous... Vous auriez toute liberté de manoeuvre, allez-y si le coeur vous en dit. Avant de quitter ce "Elle" (bou diou, que le temps passe vite quand on fait des choses intelligentes!), j'annonce seulement, en vitesse, avant les politesses pour les minous, que la sexualisation du pronom sera à l'ordre du jour demain, juste en hors d'oeuvre, avant les choses sérieuses. Allez, comme d'habitude, à demain.
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