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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 10:00

     Puisqu'on passe par-delà les broutilles, par-dessus les hors-d'oeuvre,à cloche pied ou à gué ou en traînant la jambe, il faut bien retrouver le contact avec la terre ferme. Nous voici replongés dans les choses sérieuses, conformément d'ailleurs, reconnaissez-le, à ce que je vous avais annoncé.Je propose qu'on en revienne au personnage - même si, comme chez Robbe-Grillet, l'entreprise tout entière vise à le supprimer, comme à supprimer l'histoire, le fil du récit, le scénario (tant pis tant mieux si on  doit se cramponner pour suivre, moi j'adore) - parce que le personnage, mine de rien, c'est tout de même quelque chose (je viens là de pasticher pauvrement Raymond Devos, ça n'était pas prévu, mais que voulez-vous, chez moi c'est comme ça, c'est le génie qui affleure de temps à autre, je n'y puis rien, j'ai été faite comme ça, vous n'avez qu'à vous en accommoder). A propos de Robbe-Grillet, si vous me permettez de temps à autre une petite parenthèse, on aurait bien pu lui décerner le Nobel, au lieu de le donner à ce pauvre Le Clézio, pauvre Gustave qui n'a jamais rien apporté à la littérature malgré les coteries, qui s'est ennuyé toute sa vie à écrire ses machins, qui ne s'est probablement même pas réjoui d'être distingué à la face du monde et qui doit du même pas (du même pas, oui) guigner l'académie française où il y a des places vides qu'on a du mal à garnir. Enfin ce que j'en dis va sans doute ne pas vous plaire, mais c'est encore une autre marque de mon génie de ne jamais aller dans le sens du poil, de ne pas courir "où la foule se rue", comme chantait Montant au temps de sa gloire montante. Pour une fois la parenthèse n'a pas été incluse entre ses deux crochets, mais je vous signale qu'elle se termine ici.

     Donc de nouveau le personnage. Esquissé par ses gestes plus que par ses traits de visage, bien ancré dans son biotope et sa climatologie (j'espère que vous vous rappelez les discours précédents). Il peut être à l'origine même de votre inspiration, il peut vous être apparu soudain, fascinant jusqu'à l'obsession, vous troublant au fond de vous-même, non point trépignant  d'impatience qu'on le sorte de son obscurité mais d'une immobilité tenace, comme une présence ineffaçable qui sait pertinemment qu'on l'amènera à la lumière du texte un jour ou l'autre simplement d'avoir été là sans bouger. L'image qui sans doute a été à la base de la saga des "Mains nues" était celle, brusquement, brutalement jaillie, d'un grand-père sur sa charrette conduisant d'une main son vieux cheval et tenant de l'autre contre son coeur un enfant sale et morveux qui se blottissait dans des bras enfin accueillants. Elle a plané sur tout le déroulement des "Noeuds d'argile" sans y apparaître le moins du monde : en fait, l'incident ne se situe que dans "Le Grain du chanvre", et loin du début, puisque cet enfant est le fils de M. Barandelle, né après l'assassinat de son père, confié à une nourrice indigne  et ramené à Cluny par son grand-père - lequel se trouve finalement être celui de ma mère. Il y a donc toute une construction de logique et de généalogie familiale qui se tramait à mon insu : c'est de l'autre grand-père de ma mère que je fais le personnage principal du premier roman de la saga, celui qui depuis Bourg se lance dans l'aventure d'une alliance commerciale avec l'autre; il ne sait pas qu'ils deviendront les deux grands-pères de ma mère puisque la fille de l'un et le fils de l'autre se prendront l'un pour 'l'autre d'une passion dévorante, il veut seulement conclure une alliance entre potiers qui ont du mal à survivre séparément. Comme quoi les personnages s'imposent à vous sans que vous les cherchiez. Marrain et Jeanne deviendront les individus de premier plan, mais seulement par voie de conséquence, quand leurs deux pères auront dessiné leur destin. Assez de complications pour aujourd'hui entre vous et moi : à demain, on essaiera de garder le cap, pour l'instant c'est le cap minets qui compte, bonjour à eux, bonsoir à vous, tâchez de revenir même si c'est dimanche. 

                                                                                                       Lucette DESVIGNES

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