Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 09:57
     Cette variation sur le titre d'hier est peu réussie, je vous le concède. Sa tonalité guerrière ou du moins soldatesque s'accommode mal de mes sentiments antimilitaristes (et ne croyez pas qu'à ce propos j'aie décidé de m'abriter derrière l'atavisme paternel et maternel, l'air coupable, les yeux baissés, rasant les murs, murmurant que je n'en peux mais, que mes gènes ont reçu leur marque, que j'ai bien essayé de lutter mais sans résultat : à d'autres! Certes j'ai été élevée dans la lumière d'un antimilitarisme militant - tous les élèves de mes père et mère vous le diront - mais je n'ai en rien souffert d'en avoir reçu l'héritage, bien au contraire j'ai cultivé ça avec délectation, une vie entière passée dans l'antimilitarisme ça vous donne des pistes pour vos dernières années). Non, c'est vrai, j'aime peu ce titre. Mais je me dis qu'il ne sera valable qu'une seule journée, que peu de gens le regarderont, qu'on peut en écoutant bien sentir la gouaille de l'anarchisme dans sa formulation finalement plus libertaire que docile au modèle consacré - donc tout est bien, je me sens rassérénée.
C'est sans doute faire beaucoup de bruit pour rien, comme dirait Shakespeare (vous connaissez le nom, tout de même?) car en fait le titre quotidien recouvre des propos dont il devrait annoncer la substantifique moëlle, et au terme d'une analyse honnêtement effectuée je dois reconnaître qu'il n'a pas souvent l'occasion de réaliser sa fonction : est-ce moi qui embrouille la matière prévue? est-ce que, semblable en cela à mes personnages qui dans mes romans font souvent ce qu'ils veulent et non pas ce que je souhaite, le titre une fois posé prend la poudre d'escampette (la poudre d'escarpolette, a dit une fois, sans rire, une apprentie journaliste dont heureusement le contrat n'a pas été renouvelé - je n'invente rien : je peux vous donner la date de sa performance, je n'ai qu'à la chercher dans mon journal , Tome 2 je crois, il n'a jamais été publié mais je m'y retrouve sans la moindre hésitation; si ça vous intéresse je pourrai vous en donner des extraits, je vous assure que souvent ça vaut son pesant de moutarde, Dijon oblige,  bien sûr)? C'est vrai qu'un titre c'est bien de l'accessoire : une fois énoncé, une fois le lecteur appâté, vogue la galère! Vous n'en connaissez pas, vous, des titres affriolants, médités élaborés ciselés, auxquels vous avez toutes les peines du monde à résister et qui vous entraînent malgré vous vers la caissière de la librairie dans un état second dont seules les premières pages du livre (que vous auriez bien dû feuilleter avant l'achat) auraient pu vous rendre la lucidité indispensable? Figurez-vous que je me suis laissé faire une fois dans ma vie, je sais donc ce qu'on peut ressentir comme humiliation, comme penauderie, comme impression vexatoire de s'être laissé avoir comme la bleusaille (vous voyez quand même que, par la bande, on peut avec moi revenir sur le corps du sujet annoncé par le titre - en avant, arche!) : c'était, j'ose à peine l'avouer, pour le Da Vinci Code, j'avais haussé les épaules avec un petit sourire supérieur devant les étalages tout pleins, puis devant les rayons tout garnis dont l'abondance finissait par vous hypnotiser, puis devant les piles de volumes à côté de la caisse, puis honte à moi! j'avais machinalement tendu le bras vers cette offrande de la dernière chance (vous savez, comme aux USA dans les coins désertiques ou presque de l'Ouest où une pompe à essence minable vous informe qu'elle est votre dernière chance de ravitaillement pour votre tire avant des centaines de miles sans rien, ça vous frappe quand même, je vous assure). Donc, un titre, soit fascinant par sa force et sa complexité, soit enjôleur par la force de la mode (all the rage, disent les Anglais), et entre les couvertures la médiocrité soi-même installée bien au chaud. Et je ne vois pas pourquoi vous vous laisseriez faire par les titres menteurs (mensongers serait insuffisant) entre les murs d'une libraire alors qu'ici, sur la toile, parce que c'est moi qui signe cette chronique, vous vous accorderiez le droit de protester que mes titres ne recouvrent jamais ce dont je vous propose de parler? Je livre la chose à votre réflexion : si vous êtes un tant soit peu honnêtes, vous verrez quelle attitude adopter envers moi. Je l'attends de pied ferme, le coeur serein, la tête haute. Je vous quitte avec noblesse, mais n'oubliez pas les chats pour autant. A demain, donnez-leur une petite douceur ce soir.
                                                                                      Lucette DESVIGNES
Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens