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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 11:45
       Avec un titre comme ça, bou diou, tous les va-t'en guerre du royaume vont rappliquer dare-dare sur mon blog."Enfin elle va se mettre à parler de nous, à nous parler, ça n'est pas trop tôt, on se sentait négligés dans notre petit coin". Mais restez-y, messieurs, je ne souhaite pas le moins du monde vous en extirper, de votre petit coin, encore moins vous parler. A la rigueur, certes, parler de vous quand l'occasion s'en présente, mais certainement pas en termes fleuris, comptez sur moi. Il y a erreur d'aiguillage, j'ai seulement l'intention d'évoquer ce domaine à propos de mes romans - vous voyez bien que ça n'a rien à voir avec vous, la littérature et la soldatesque dites donc, quelle association! J'en frémis d'y seulement penser. Non, c'est la suite toute logique de mes propos d'hier: en cherchant bien je suis sûre que vous allez pouvoir en retrouver quelques-uns, et surtout celui de l'antimilitarisme militant de mes père et mère que j'ai repris à mon compte et dont je brandis fièrement le drapeau (c'est le seul que je revendique). Faire coïncider mes propos littéraires et mes propos moraux, c'est un peu le but visé. Donc, dans quelle mesure mes personnages sont-ils marqués par mes conceptions de l'existence? Voilà ce qu'on peut se demander à l'étourdie. C'est-à-dire si on ne me connaît pas : car dès qu'on me connaît on sait. Et ne croyez pas que le principe que je vous développe à tire larigot, selon lequel le personnage doit se glisser hors de vous tout seul, sans que vous 'l'aidiez par trop, soit annoncé à son de trompe tandis que pour ma part et mine de rien je m'en tirerais de manière toute différente : ce serait là de l'hypocrisie, de la langue de bois, de la tromperie sous couleur de sains conseils, or croyez-moi c'est trop ce qu'on nous propose comme modèle d'action citoyenne, comme exemple à suivre d'en haut, pour que je n'aie pas cette trinité en horreur. Non mes belins-belines, je ne mange pas de ce pain-là. Si je vous dis de laisser le personnage se glisser hors de vous, en quelque sorte sourdre de vous tout seul, c'est parce que ça se passe comme ça avec moi - mais cela veut dire aussi que ça n'est pas la conséquence d'un simple claquement de doigts. C'est le résultat d'une lente maturation en profondeur à laquelle je n'ai moi-même pas prêté attention mais qui se faisait quand même, à partir de mes méditations personnelles, de mes acquisitions littéraires, de mes innombrables lectures : rien ne se perd, tout se crée, ne bousculez rien, il faut parfois attendre très longtemps avant que les choses n'émergent, qu'elles aient pris forme, qu'on puisse les reconnaître ou reconnaître leur origine. Je vous l'ai peut-être déjà dit - en ce cas mes plus plates excuses - la première page de "Clair de Nuit" a eu besoin de plusieurs années de gestation. Je la couvais par-dessous "les Noeuds d'Argile", donc vous imaginez si alors j'étais loin de penser à elle. Eh bien elle se faisait toute seule, "du vrai Robbe-Grillet", disait Pivot en me recevant sur le plateau d'Apostrophes au temps de sa splendeur. Et, dites donc, c'était un personnage auquel je n'avais jamais pensé, auquel je n'aurais jamais eu l'idée de penser : un papier de tapisserie, mais oui, sur lequel s'énerver s'endormir se donner mal au crâne ou se donner la fièvre. En voilà bien un, d'exemple convaincant! J'avais de temps à autre senti remuer en moi ces premières phrases - sans majuscule au départ, comme si on prenait le train en marche, un seul long paragraphe avec tant de redites qu'on pense peut-être à un écrivain affligé d'un  bégaiement incorrigible, mais non, c'est le début du roman, et si vous regardez de près (une fois dépassé votre ahurissement devant un début de roman aussi insolite) vous allez percevoir les différences, minimes, subtiles, présentes quand même (comme dans "Un jour sans fin", ce jour de la marmotte qui se répète trente-six fois de suite mais où l'amélioration morale du héros avance à pas de fourmi d'un jour à l'autre : attentions pour les autres, hésitation à dire aux autres quelque chose qui fâche, efforts pour voir les autres avec les lunettes des autres - avec un Bill Murray "immense", dit la critique, et certes faut pas pousser, mais il est rudement bien, en tout cas moi je l'aime bien même si je garde mes superlatifs personnels pour Al Pacino indégommable depuis toujours).Bon, mes belins-belines, je vois que je dévie et il me faut stopper là. Je redémarre dès demain matin avec la naissance inattendue du personnage pour que vous ne vous sentiez pas frustrés, et il y aura même beaucoup à dire avant de rmener le personnage de "Clair de Nuit" dans le domaine de l'armée. A demain, à peine le temps de saluer les chats.
                                                                                   Lucette DESVIGNES
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