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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 08:52

     Al Pacino, armement, personnage, papier de tapisserie, Bill Murray, le bégaiement de l'image dans le déroulement du film, donc nécessairement  Robbe-Grillet. On a parlé de tout ça hier, mes belins-belines, ça faisait beaucoup, mais à mon humble avis il faut revenir dessus car rien n'a été poussé jusqu'à son terme. Je vais reprendre, mais pas forcément dans l'ordre chronologique. Vous permettez, non? Je tâche de faire pour le mieux.

      Donc : 1) le papier de tapisserie comme personnage. Non seulement il ouvre le roman, mais on va y revenir à chaque instant selon la luminosité de la journée, et puis une dernière fois, à la dernière page, associant sa vision d'artifice avec la vision ultime de kla réalité qui se brouille. Nous voilà au bout de mon développement - enfin presque : la première page m'a demandé plus de deux ans de gestation, c'est ça le dernier élément que je voulais déposer au dossier.

                    2) les rapports du personnage d'en face (en face de quoi? me direz-vous. Mais naturellement du personnage qui dit JE tout au long du livre, le héros de "Clair de Nuit", celui à qui est due l'analyse du papier et de ses motifs kitsch, les petits noeuds mauves, les boutons de roses tantôt jaunes tantôt roses tantôt ponceau, les bouquets tournés tantôt vers la gauche et tantôt vers la droite, vous savez bien, mais si, tout ce bidule qui agresse le malade et dont cependant il ne saurait se passer). Donc : ses rapports avec l'armée. La chose se présente comme des cheveux sur la soupe, d'accord, mais pas dans le roman (ah! non, ce roman-là, je suis prête à le défendre avec bec et ongles, je l'ai relu l'autre jour, à la découverte en quelque sorte après tant de temps, je me suis sentie réconfortée d'avoir laissé ça derrière moi, qui pourra toujours être lu et médité une fois que je serai repartie ad patres). Et les rapports avec l'armée ça compte, d'autant plus strictement qu'il s'agit d'un protestataire contre la déclaration de la guerre en septembre 39, qu'il est fauché par un camion militaire (probablement conduit par une bleusaille inexpérimentée et grisée par l'odeur de la poudre), qu'il en restera mutilé à vie (la hanche broyée, la jambe qui traîne), impuissant à agir directement dans la Résistance à cause de cette blessure, et cependant favorisé par son inaptitude à l'armée dans le domaine des études : instituteur, il remplace pendant toute la guerre les enseignants envoyés au front, disparus dans les stalags ou dans les bombardements de l'Allemagne, il bûche comme un dératé, il passe licence, diplôme,  agrégation... Il ne lui reste plus que la tentation du suicide, à force d'inutilité - et, aussi, du sentiment d'une existence ratée, avant que ses dernières quarante-huit heures ne s'illuminent d'un retour en force du passé, cette fois-ci modelable à sa guise. Vous devinez si les divers rapports d'un personnage avec l'armée, la guerre, l'Occupation, la Résistance, peuvent être évoqués et tournés retournés dans tous les sens. Voilà ce que j'appelle un thème traité jusqu'au bout. Mais naturellement je ne fais qu'y faire allusion ici, mes belins-belines. "Clair de Nuit" : rappelez-vous ce titre. M'sieur Pivot en pensait grand bien. Vous pourrez encore le trouver d'occasion - mais m'a-t-on dit c'est rare : les gens qui l'avaient acheté s'en sont difficilement séparés (mais vous avez quand même la ressource des gens décédés dont les héritiers ne savaient pas lire et, désirant faire flèche de tout bois, ont mis sur le marché du livre de la brocante les exemplaires qui'ils ont trouvés sur les rayons, peut-être même sur la table de chevet, sait-on jamais?). En tout cas vous voilà informés. Il ne tient qu'à vous d'aller voir de près si ce que je vous dis est susceptible d'être cru les yeux fermés ou si je mens effrontément. A vous de vous faire une opinion. Si vous le prenez de haut, dans la méfiance et les ricanements incrédules, eh!bien tenez, cela me décourage au point que je romps là sur le champ avec vous. Tâchez de retrouver une autre attitude si vous voulez que nous reprenions notre agréable commerce sans la moindre ombre. Pour ce soir, je peux tout juste vous rappeler de bien vous occuper des chats, j'ai à peine envie de vous souhaiter le bonsoir.

                                                                                                                                   Lucette DESVIGNES.

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