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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 09:06

     .....Donc, je me sens au défi d'exécuter mon projet. Parfait. J'attaque le conte fantastique : 298 lignes et demie. J'attaque la nouvelle humoristique : 299 lignes et demie. De quoi faire taire les sceptiques. J'envoie l'humour : premier prix à l'unanimité. J'hésite à envoyer le fantastique : c'est un fantastique littéraire, dans le sillage de Poe ou de E.T.A.Hoffmann, il va y avoir tant de concurrents dans le fantastique hémoglobine ou intersidéral...J'aurais dû, ah! j'aurais dû, George Dandin! Vu le texte primé, choisi sans enthousiasme par le jury... Tant pis, j'aurais bien dû, je ne l'ai pas fait - My loss! Tout ça pour dire que si je veux je peux très bien me contraindre à rester en-deçà des bornes imposées. Si je veux, oui... Voudrai-je désormais? Peut-être (mais le doute subsiste). Enfin, admettons que j'aie accepté des règles du jeu quelque peu modifiées. On va toujours essayer.
     Je saute sur le personnage, que voulez-vous? je m'ennuie de lui. Quel qu'il soit d'ailleurs, vieux ou jeune, mâle ou femelle. Je l'ai laissé (je vous l'ai laissé : c'est pour vous que je reprends tout ça, vous pensez bien que moi je n'ai plus besoin de ces notes et remarques pour faire avancer ma barque) planté tout seul, glaiseux encore (ça je me rappelle bien : glaiseux encore, oui), à peine précisé du point de vue sexe, pas de couleur d'yeux ni de cheveux ni de teint, peut-être même pas encore de stature. Et pourtant déjà je songe à l'entourer de congénères : les géniteurs, les frères et soeurs, les copains de classe (à partir du moment où M. Jules Ferry a décrété qu'il fallait aller à l'école, que ce serait sans crucifix au-dessus du tableau noir et qu'on ne paierait plus de droit d'entrée). Je songe surtout, en passant par-dessus ces années de formation ou d'apprentissage sur lesquelles il serait bon de revenir plus tard, à faire entrer dans son biotope un double en creux avec lequel il pourrait (il pourrait seulement, je dis bien : ça n'est pas à tous les coups qu'on gagne) tenter de constituer un couple. Parce que c'est à ce moment que le personnage prendra toute sa dimension, loin de sa glaise originelle, avec enfin des yeux et des cheveux et une stature, au fur et à mesure que ces indications se seront révélées pertinentes et utiles. La monotonie de son existence jusque-là marquée par la routine banale et quotidienne va faire place à une excitation de bon aloi, sensations sentiments rêves imagination élancée dans toutes les directions. Quelque chose est enfin arrivé pour le personnage, une rencontre, un choc émotionnel, le dépassement d'un point de non retour. Il est mûr pour les heurs et malheurs de la vie. Et ce n'est même pas obligatoire que pour constituer un couple il ait trouvé une âme soeur, femelle ou mâle (les variantes contemporaines sont également source d'intérêt, même si je n'ai jamais suivi la mode) : j'en veux pour preuve ce couple bancal de "Pousse-Café", la grand-mère et la petite-fille qui se méfient l'une de l'autre au point de se voir ou de se croire menacées dans leur pauvre vie de survivante, et qui soudain découvrent un mince et brutal courant de sympathie et de compréhension illuminant leur misère et les reliant    malgré elles. C'est un couple, ça, parfaitement. En tout cas selon ma terminologie qui voudrait tant arriver à voir germer ses semences sur le sol ingrat de votre audience, mes belins-belines. Allons, à demain. Caresses aux chats.

                                                                                                      Lucette DESVIGNES

















 

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