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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 18:37

       J'ai dit hier qu'on pouvait fort bien créer un couple en le faisant s'opposer au reste du monde (avec bien entendu cette réserve : s'il veut bien se laisser créer - je le répéterai de temps à autre, car il ne faut pas croire qu'on arrange ça avec la main). Cela me rappelle le choix que j'avais fait d'une toile de Pierre-Etienne de Valenciennes pour la couverture de l'édition Mazarine des "Noeuds d'argile" : le tableau s'intitulait "Le Grand Arbre" et j'avais délimité pour le cadrage un détail qui me paraisssait frappant pour l'histoire de ce couple. Un gros bel arbre, certes,  de belle venue, et deux branches maîtresses allant dans le même sens, mais noueuses, couvertes de cicatrices, ayant eu certainement du mal à survivre jusqu'à cette robustesse présente. Et une étonnante lumière tout autour, dorée, chaleureuse, alors que le reste de l'arbre se trouvait dans l'ombre. Ce rayonnement, je le voyais dans le couple de Marrain et de Jeanne, qui avait réussi à se former à force de passion, je voyais la peine qu'avaient eue les branches pour se trouver en parallèle, et je voyais aussi que cette lumière ne rayonnait pas partout, qu'on pourrait l'envier, souhaiter la partager, ou souhaiter la détruire, faute de pouvoir la partager. C'était un vrai symbole pour l'histoire de flamme et de cendre de mes grands-parents (j'ai parfois du mal à prendre conscience qu'ils  étaient mes grands-parents, j'ai tellement été amoureuse de Marrain...). En même temps, même si à l'époque (il y a un quart de siècle, mes belins-belines, c'est comme je vous le dis) je me moquais éperdument du biotope et de la fabrication du personnage (bien entendu, puisque j'écrivais :  je ne faisais pas de théorie, j'avançais, je trouvais le mouvement en marchant, j'étais même la plupart du temps dans un état second, ne me demandez pas trop à quoi je songeais en écrivant la passion de Jeanne et de Marrain, je ne pourrais guère vous répondre, même avec la meilleure volonté du monde), vous voyez bien que le biotope même sans nom ni profession de foi était présent. Immanent. Entourant les personnages de ces fameuses adhérences dont ils auraient tant de difficulté à s'extriquer. La lumière, oui, c'était le symbole récurrent dans leur histoire. Après... La couverture du "Grain du chanvre" l'exprime aussi : l'Histoire de Jeanne c'est l'histoire du bouleau mort, cet arbre fracassé par la foudre qui semble mort sur la jachère où Jean-François Millet l'a isolé, ce squelette d'arbre dans ces tons de gris sombre et de vert souffreteux, ce survivant qui un beau jour va se remettre à palpiter, un bourgeon, une feuille, un rameau... Au retour du printemps sans doute, lorsque la luminosité perd de sa grisaille et que le soleil se fait moins timide. La climatologie se met de la partie. Mais, me direz-vous, c'est du tableau de Millet que vous nous parlez, c'est lui que vous interprétez, ce n'est pas votre roman. Eh bien si, mes belins-belines, j'ai choisi de vous les montrer en images, ces deux romans : d'un seul coup d'oeil vous pouvez regarder l'un puis vous regardez l'autre. Les couvertures (parce que ce sont des tableaux merveilleux et que je les ai choisis exprès) les couvertures sont comme le résumé de chacune des histoires. Et que mes personnages soient des arbres, cela ne devrait pas vous paraître troublant. Ils suivent, comme les arbres, les cycles de vie et de mort, d'éveil et de sommeil. Aujourd'hui c'était le couple soudé jusqu'à la brisure. Demain ce sera le couple avec ce tiers invisible glissé en son sein (mais oui, j'ai de la suite dans les idées) que je vous ai annoncé en titre et que le volume désormais adopté ne me permet pas de traiter. Allons, la bise aux chats,  les vôtres et les autres, à demain.

                                                                                                                                         Lucette DESVIGNES.  

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