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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 09:08

     J'ai tout de même retiré quelque chose de cette confrontation Camus-Sartre de la semaine dernière. C'est que Sartre est beaucoup plus théâtral que Camus. Mauvais choix d'adjectif, d'ailleurs : théâtral contient une ombre de dépréciation (pas pour moi : j'aime assez quand un acteur "joue théâtre", ce n'est pas donné à tout le monde, et Brialy le faisait fort bien, sans pour autant arriver à la cheville de Saturnin Fabre, inconnu de plusieurs générations mais sans doute non oublié de la mienne) et précisément ce que je voulais dire est que le dialogue de Sartre passe infiniment mieux la rampe, plus enlevé, plus concret, plus rapide - l'échange de répliques et de jeux de scène entre la jeune femme de Hugo et les deux gardes du corps de Hoederer était un régal. Avec Camus, on a l'impression que rien ne peut se dire sans contenir son poids de philosophie, ça n'allège guère le débit ni le flux des échanges. C'est certainement cela la raison profonde du semi-échec des "Justes" : vérification facile via l'ennui secrété par la deuxième partie des "Mains sales", dès lors qu'il n'est plus question que de discussions sur la nécessité du compromis ou l'obligation de pureté. Cela dit, qui s'imposait par rapport à l'impact dramatique sur un public d'une pièce ou d'une autre, je trouve toujours aussi poussiéreux les enjeux de ces dialogues. Il est difficile, à mon avis, de les remettre en piste en les réactualisant. Bien sûr, les problèmes du terrorisme sont toujours aussi aigus, et sa définition toujours discutable puisqu'il peut - il doit, me semble-t-il - s'évaluer comme la Résistance d'un peuple opprimé ou occupé qui n'a plus d'autre moyen de se faire entendre, ni même de faire savoir qu'il existe toujours puisqu'on le bâillonne et qu'on le martyrise.  Le mot de "Justes" d'ailleurs introduit un arrière-plan historique plus contemporain qui ne fait que brouiller les pistes.
     Bon. Sufficit  ("Il suffit" : vous entendez le ton des personnages de nos grands classiques? vous voyez le geste autoritaire qui coupe court à tout prolongement?). J'aimerais passer à autre chose, et vous commencer (car je doute que j'aurai le temps de finir) ce que je vous ai promis sur Marivaux et sur la manière de l'interpéter qu'ont eue (et qu'on toujours, hélas) les metteurs en scène avides d'originalité à peu de frais (comme si à lui tout seul il n'en regorgeait pas : je pense aux représentations de Marivaux chez Jean Vilar ou Georges Wilson voire Bluwal, où l'exquise finesse des textes et des situations  était mise en lumière à force de scrupules et de respect). Cela remonte à 1963, pour le bicentenaire de sa mort : il y eut alors soudain une floraison de représentations, pièces bien connues ou moins connues, sur la scène ou le petit écran (et non des moindres), où chaque réalisateur voulait montrer ce qu'il avait compris, ou voulait expliciter quelque chose qu'il était le seul à avoir perçu. Ah! la belle année pour le théâtre! Mais parfois Marivaux n'y eût pas reconnu ses petits... On verra ça demain,  si vous êtes là mes belins-belines. Caresses aux chats de votre connaissance.

                                                                                            Lucette DESVIGNES.

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