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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 09:42

Bon, vous êtes tout ouïe, j'espère? Alors voici la chose. Dans une espèce de prologue, le metteur en scène fait venir la Princesse sur la gauche (donc côté jardin: vous savez, Jardin et Cour? Jésus Christ? droite et gauche? comme à l'armée on enseignait aux campagnards qui ne savaient pas marcher au pas "Foin, Paille! Musette, Bidon!" au lieu de "Une,  deusse! " trop dur à mémoriser) sur la gauche de la scène, donc, comme si elle accouchait : manifestement enceinte jusqu'aux yeux, elle est prétendûment grosse de son désir de noblesse que le Roi de Castille va combler, preuve qu'elle n'attendait que cette demande de sa main à elle et l' offre de sa main à lui (ce qui est curieux, car ce pauvre Roi de Castille n'est que par-ci par-là dans la pièce une sorte de passant un peu empaillé, sans rien qui suscite de partager de la gloire avec lui fût-elle royale). Vous voyez donc comme les choses sont devenues claires : cette femme prête à accoucher, quand après ce prologue surajouté vous la retrouvez fière et  flambante en Princesse de Barcelone, vous permet de comprendre qu'elle est obsédée par l'idée de régner, et vous ne la perdez plus de vue - sauf qu'elle n'a plus l'air d'une future maman, comme on dit, mais tout de même la vision première perdure dans votre mémoire de spectateur. Et c'est rudement utile, parce que dans le texte de Marivaux la seule chose qui compte c'est cette bataille de femmes à fleurets plus ou moins émouchés (la plus forte n'hésitant pas à faire appel à la coercition pour faire taire les sentiments des autres), si bien que, à partir d'un texte où tout de même c'est le Prince - le beau Lélio - qui est le héros de l'histoire, l'accroche-coeur, dans ses difficultés avec la Princesse qui d'abord fait de lui son favori puis le voue à l'exécration, on ne devrait selon le metteur en scène s'occuper que de l'accouchement de la Princesse (accouchement de son désir de noblesse, je le reprécise). Normal, non, puisque l'événement a été officiellement programmé? La maïeutique en exercice dans cette vision de sage-femme ne me paraît certes pas aller dans la ligne droite des interprétations logiques : on devrait plutôt suivre le parcours sentimental d'une femme vexée dans ses colères de femme qui, amoureuse d'un homme, le découvre  amoureux d'une autre, et voir dans quelle mesure elle va décider d'user de sa puissance pour sévir contre le couple amoureux, puisqu'elle croit qu'elle peut agir, sans avoir à lui donner de justifications, envers tout sujet exposé à sa tyrannie. L'histoire de la noblesse déclenchant une gestation aussi spectaculaire vaut son pesant de moutarde (Dijon oblige) : fallait le faire, pourrait-on dire en conclusion,  fifty-fifty admiration éberluée pour l'industrie des neurones du réalisateur, mais sans oublier la pitié pour l'état de son cerveau malade (ou son propre désir de gloire par l'originalité de sa prestation, c'est tout un pour moi).

Nous voilà rendus, mais j'ai d'autres choses en réserve, si ça vous convient (et si ça ne vous convient pas... vous savez que faire). Je salue vos chats du fond du coeur. A demain, vous, les muets.

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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