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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 09:29
     Oui, vous avez vu, mes belins-belines, comme vous avez pu y croire hier? Rien de tel que la préparation à une disposition d'esprit du lecteur - ce qu'on appelle la captatio benevolentiae, en quelque sorte la maîtrise sur sa naîveté de fraîchement débarqué dans votre histoire - dans une certaine direction : tendresse, peur, humour... Sur un terrain pareillement labouré, il n'y a plus qu'à semer - soit à la volée, soit en posant des plants dans des petits trous, comme on le fait pour les pommes de terre (pardonnez-moi de laisser envahir mon texte par les pommes de terre : je termine d'autre part un autre texte sur les invasions de doryphores, larves grosses ou petites pareillement dégoûtantes, adultes en tenue coriace zébrée... l'horreur! Mais ça vous explique que mes envolées poétiques d'aujourd'hui ne puissent guère laisser les patates à l'écart). Avant d'ailleurs d'en revenir aux semailles et à leurs résultats, je note au passage qu'il serait fort intéressant d'étudier dans quelle proportion le contenu d'un texte peut déteindre sur le contenu ou la forme du texte voisin en train d'être lui aussi élaboré. C'est dit, c'est bon, on met ça au programme de demain. Pour l'heure, concentrons-nous sur les tonalités imposées (mine de rien, bien sûr, "subrepticement" en termes académiques, mais tout le monde sait que le romancier peut être un hypocrite, un tordu, un voleur, un violeur d'intimité sûr et certain, et j'en passe - mine de rien, donc, mais le résultat est là) : sur un terrain marqué par la peur de l'orage (symptômes exagérés tous tirés vers le grotesque) le personnage prend corps dans son ridicule et sa chétivité, on le prend en pitié et en même temps on sait parfaitement que ce qu'il ressent et qu'il ne maîtrise pas c'est ce que tout le monde ressent et maîtrise plus ou moins bien. D'où le mélange de condescendance apitoyée, de vague vexation de voir la guenille humaine si faible - c'est qu'au passage, dites donc, ça vous éclabousse aussi l'auditoire - et d'hilarité de constater qu'une créture humaine puisse se transformer en bête gémissante en se mettant à quatre pattes sous une table. La cousine Rose-Marie vous a bien fait hausser les épaules, dites voir : a-t-on idée d'avoir pareille peur de l'orage? En même temps que vous la voyez agir, on vous affirme qu'il n'y a pas de cousine Rose-Marie, donc qu'elle doit être créée de pièces et de morceaux, de bric et de broc - un personnage, quoi. Vous doutez d'elle, de vous, du texte. Et puis, à partir du moment où on commence - ici ou là, c'est là le plaisir du texte - à repérer les prises de courant, on se met à croire en elle, moyennant un glissement d'identité. "C'est donc pour ça qu'elle savait si bien décrire la peur de l'orage? Comme quoi, la cousine Rose-Marie existe bien quand même, alors?..." Petite question, à mille francs, pas davantage (et même, en anciens francs c'est vraiment peu). Est-ce que ça ne vous rappelle pas (soit parce que vous avez lu "Les Noeuds d'Argile", soit parce que vous suivez dévotieusement cette chronique) ces lecteurs revenant du midi qui, voyant une pancarte "Mâcon", brusquement décident d'infléchir leur course et de chercher l'auberge d'Antoinette (c'est parfaitement vrai, j'en ai la preuve)? Pour découvrir, bien entendu, que l'auberge d'Antoinette - et Antoinette elle-même - n'ont jamais existé que dans mon imagination et sous ma plume. Ah! disait Goethe, "Dichtung und Warheit..." Poésie et vérité, l'imaginaire et le décrit sur le vif... Mes belins-belmines, nous avons encore devant nous de multiples occasions de méditation. Réservez toutes vos forces pour demain, mais dans l'intervalle ne négligez pas vos chats pour autant. Bises et bisous.
                                                                                 Lucette DESVIGNES.
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