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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 10:00

     Vous remarquerez que 'jai bien écrit "correspondances", avec un s, donc sans rapport à l'art épistolier dont Mme de Sévigné est chez nous devenu le symbole. Non qu'elle fût la première à pratiquer ce genre, vous pensez! Mais si chez nous à douze ans vous n'aviez pas été initié aux délices de la fenaison ("Savez-vous ce que c'est que faner?" etc.) sur le plan théorique de la dictée ou de la lecture expliquée  sinon sur le plan de la main à la pâte - que la bonne dame de son côté a toujours bellement ignoré - on aurait exprimé un  chagrin douloureux à constater à grand renfort de hochements de tête désolés que votre éducation était ratée et aurait du mal à s'en remettre. Non, mon propos de ce matin est d'envisager les adéquations du vocabulaire lorsqu'il franchit l'Atlantique pour atterrir au beau milieu d'une édition américaine (et pour l'instant on n'en est qu'aux contes et nouvelles, mais attendez un peu quand on passera aux romans, ça sera bien encore autre chose). Le supercontrôle des traductions reçues m'a rendues frappantes  les disparités non seulement de sens, ça c'est l'enfance de l'art, mais encore les impossibilités absolues de faire se correspondre les tons. L'humour, la colère, le mépris,  c'est vraiment rare qu'on puisse les traduire sans dommage - de toute façon, toute traduction établit une perte : Traduttore, traditore , disait Dante il y a déjà bien longtemps, à savoir, tout traducteur est un traître, toute traduction est une trahison. C'est vrai, car au-delà du mot interviennent tant d'éléments du contexte culturel qui lui sont propres et qui se trouvent inclus à son arrière-plan, en auréole, en rayonnement présent mais inexportable,  qu'en fin de compte le mot qu'on lui propose comme frère n'est qu'un faux-frère, soit dépouillé de toutes ses nuances secrètes, soit chargé à son tour de vibrations nouvelles pas forcément compatibles. Naturellement, pour traduire Cheval les problèmes sont minimes, je vous l'accorde. Mais déjà pour Bière, hein? Faites-moi passer ça outre-manche et vous verrez. Je me rappelle une visite de l'inspecteur général Catroux, en Seconde, où on tradusait la mort de César, je ne sais plus chez qui, Tite-Live peut-être. En tout cas,  alors que la traduction d'élève donnait "En vérité, ceci est de la violence!",  il nous avait fait aboutir, à force de questions pertinentes, à ce " Mais c'est un attentat!" infiniment plus plausible, même si dans les deux cas il y avait eu la même mort d'homme. Le ton, l'émotion, le naturel, tout est là. Alors imaginez, mes belins-belines, les affres des traducteurs pour traduire les "Non mais! Tu parles! En voilà des manières!  Mais jamais de la vie, mon petit monsieur! Hardi petit ma mie!" ou autres "En veux-tu, en voilà! Rien à cirer! "... ou l'horrible "Même que..." sur lequel il est si facile de buter. Non que ma prose soit farcie de toutes ces expressions vigoureuses, mais quand il s'en trouve à l'occasion...Reposez-vous bien de vos efforts cérénbraux, restez bien disponibles pour vos chats. A demain.

                                                                                               Lucette DESVIGNES.

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commentaires

S
Ce matin, au travail, comme mon anglais est plutôt limite, j’ai voulu utiliser un logiciel de traduction pour m’aider. Il m’a traduit « chère madame » par « expensive madam » au lieu de "dear madam" me semble t'il.<br /> Finalement, comme il s’agissait d’une réponse à un devis fait par la dame en question et que celui-ci était fort élevé, je me suis demandé si le logiciel n’avait pas eu raison. Comme quoi des fois .......<br /> Cordialement.
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