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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 15:04
     Je vous ai annoncé du grain à moudre, hier. Je sais bien que c'est dimanche aujourd'hui, mais tout de même il me faut bien penser à ceux qui, éloignés  sagement des bouchons routiers,  ont décidé de flâner chez eux, bien tranquilles, du canapé au divan et de leur ordi à la télé (cette dernière en désespoir de cause naturellement, histoire, disons,   de savoir si Sarko est toujours pétulant et pétaradant et de voir si le beau temps se maintiendra pour demain, avec comme principe de base que  si les demoiselles de la météo vous effrayent de leurs pronostics sinistres,  partez tranquilles à la pêche aux écrevisses, comme dirait ce cher valet Matti de Maître Puntila, c'est qu'il va encore faire beau). Comment! vous ne connaissez ni le valet ni le maître? Mais ce n'est plus un moulin à grain qu'il me faut pour vous, mes pauvres belines-belines, c'est tout simplement un moulin à pastèques!  Brecht, mes belins, Brecht, mes belines. Le seul génie du théâtre du 20ème siècle, si apprécié en temps d'affirmation de soi-même, d'où la tendance à le laisser tomber dans l'univers présent où seuls les nombrils ont quelque semblant d'intérêt. Avec Brecht se brassaient les grands problèmes, l'égalité des classes, la montée du nazisme, l'impossibilité de faire coïncider la compassion pour l'humain et la rigueur de l'ordre... Et sur le plan du théâtre, quel maître! Qui d'autre était capable d'associer le sens shakespearien du chaos du monde et le sens de la tragédie personnelle des Anciens, en enseignant qui plus est la distanciation dans le jeu des acteurs et dans la conception dramaturgique? Chaque fois que je l'ai pu, j'ai mis une pièce de Brecht à mes programmes de licence. Et je vous étonnerais bien si je vous disais que Maître Puntila et son valet Matti, précisément, sont inspirés de "LimeLights" de Charlie Chaplin : mais aucun rapport! direz-vous au saut du lit (c'est-à-dire pas encore bien réveillés, mes belins)... Pourtant regardez - y à deux fois, mes belines, vous qui êtes plus fines (pardon, les garçons, il n'y a que la vérité qui fâche), je suis sûre que vous trouverez les premières. Un maître, je vous dis,  qui inventait tout sur le théâtre en travaillant sur tous les dramaturges d'avant lui - un peu comme Cocteau réinventait tout du cinéma, avec "la Belle et la Bête" en autodidacte inspiré depuis "Le Sang d'un Poète" ou "Le Chien andalou". Dame! Il faut parfois se cramponner - avec Cocteau comme avec Brecht (mais qui donc ne s'est pas cramponné avec Eschyle ou Sophocle?).  Au fond, mes belins-belines, il faut se cramponner donc s'appliquer, passer par-dessus les premières difficultés du contact, pour arriver à jouir pleinement dans leurs pompes et dans leurs oeuvres de tous ces grands que je vous ai cités aujourd'hui. Ne vous contentez pas du grain que je vous donne, moulez pour votre compte, vous verrez comme vous vous sentirez fiers de vous. Je vous parlerai demain des visages des personnages, roman donc et non plus théâtre, on alterne, c'est bien, non? Ne parlez pas de Brecht à vos chats, ils seraient trop malheureux d'apprendre qu'on ne les autoriserait pas à entrer au théâtre. Contentez vous de les câliner, ils aimeront aussi.
                                                                                       Lucette DESVIGNES.
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