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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 14:16

     J'ai déjà eu l'occasion (ce qui vous donne à vous, mes belins-belines, l'occasion de proclamer haut et fort que je me répète, voire que j'ai des idées fixes que je vous assène régulièrement) de parler de l'impression de vérité ressentie en face des sitcoms britanniques, surtout par contraste avec les séries domestiques françaises où il me semble continuellement que les personnages jouent, même s'ils ne vont pas jusqu'à paraître réciter leur texte. Je me demande si ce n'est pas que les réalisateurs d'Outre-Manche n'ont pas peur de la laideur. Je n'imagine pas qu'une série "bien de chez nous" (même si elle ne se passe pas à proximité des étables ou des tas de fumier) oserait choisir des personnages arborant des visages pareils. Non point burinés style Beckett (ah! combien de fois ne m'aura-t-il pas fait commettre le péché d'envie, celui-là  - pour parler en termes nobles -sculpté dans le bois dur, avec ses yeux clairs qui tranchent sur la couleur vieux noyer de sa peau, avec ses pommettes en relief et ses joues creuses), non point style "gueule à la Michel Simon" (ce qui correspondrait si bien d'ailleurs au style "gueule à la Edward G. Robinson, autrement dit deux acteurs prodigieusement laids mais jouant admirablement de leur laideur), non point laids d'une laideur artistique, mâles ou femelles, mais tout simplement comédiens utilisant leur laideur ordinaire, quotidienne, à la portée de tout le monde (celle, en bref, qui faisait dire à la bonne d'un brave curé chez qui ont avait amené un paroissien pratiquement dans le coma : " Si vous ne le ressuscitez pas celui-là, M'sieu le Curé, ça va nous faire un vilain mort"). Une laideur qu'on peut rencontrer dans la rue sans problème... C'est celle-là qu'on retrouve dans ces fameuses sitcoms britanniques, vieilles femmes jouant leur rôle en vieilles femmes et non en vieilles comédiennes, vieux bonshommes réduits aux signes de tête et aux petits grognements porcins pour se faire comprendre, leurs yeux bordés de jambon se déclarant incompétents pour exprimer quoi que ce soit d'utile. Les rides étant leurs rides elles-mêmes, sans surcharges ni coup de  génie des maquilleuses, les dents manquant lorsqu'elles doivent manquer, les poils blancs se dressant tout   chenus sur le sommet du crâne quand il en reste, sortant de la peau luisante et non d'un plastique savamment aménagé pour faire vrai.  Et puis les maigreurs ou les boursoufflures si besoin, les affaissements des panses, les voussures des dos... Ne croyez pas que je me réjouisse d'avoir à vous décrire par le menu ces agencements de physiques qui sont plutôt attristants que drôles, comme ils ne sont qu'anticipation de ce qui nous pend au nez un jour ou l'autre. Mais on touche du doigt si j'ose dire, quand on les voit vivre sur le petit écran, la vérité vraie, le naturel des dialogues allant de pair, le banal des tons même s'il y a une intensité dramatique à y trouver "pour faire avancer la machine". C'est tout compte fait rafraîchissant que ce soit si convaincant, car après tout il n'y  a pas que des vieux croulants dans East Enders, vous verrez.

 

                                                                                                                                  Lucette     DESVIGNES.

 

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