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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 13:57
     Naturellement, à l'intérêt dramatique s'ajoute le suspense - qu'avant la guerre les gens branchés appelaient le suce-pince pour faire américain. C'est exactement le suspens de l'action : une évolution se dessine ou se précise, on croit aller tout planplan dans une direction, et puis bernique! Tout s'arrête, le spectateur reste entre deux chaises, et le héros aussi, coincé, attrapé, roulé dans la farine, volé de ses expectations. De temps à autre, dans ma série londonienne, ça se produit, comme à peu près immanquablement à la fin des chapitres de Jules Verne où le lecteur est pris à la gorge  (s'il ne tourne pas la page pour s'engloutir dans le début du chapitre suivant il va étouffer ): un présumé mort réapparaît (non point depuis les enfers : on est là dans le réalisme pur-sang de betteraves, il était tout simplement en prison, voilà, il a purgé sa peine); ou bien  c'est une femme qui revient, on la croyait heureuse en Australie avec moutons et chevaux (plus kangourous à 'larrière-plan, forcément), eh!bien non, le quartier la reconnaît avec stupeur, elle est devenue vendeuse de charmes, les siens d'abord, ceux de quelques autres aussi peut-être bien, vu l'allure prospère de ses finances, en tout cas le revenant ou la revenante laissent bien augurer des complications qui vont suivre et le spectateur en a l'eau à la bouche. C'est aussi pour cela que les séquences de règlements de comptes (découverte d'une fraude,  d'une tromperie, d'un adultère, voire d'un crime ou d'une vie antérieure qui avaient tout intérêt à être tenus secrets, pas de bol) ou d'explications publiques - en particulier dans le pub dédié au souvenir de la vieille  reine Victoria où se passent déjà souvent les déclarations d'amour, les demandes en mariage, les pugilats et échanges de gifle -  oui, on vous les arrête au début, là où ça se corse, suite au prochain numéro, on vous laisse haletant, comme ça on s'assure de votre fidélité. Vous m'objecterez qu'il n'y a point de suspense dans les séries chirurgicales où l'intérêt essentiel est de voir ce qui se passe dans les abdomens ou les cages thoraciques qu'on a ouverts devant vous - mais si, mais si! D'abord ce ne sont pas toujours les mêmes équipes, donc fatalement les conversations derrière les masques sont différentes, parfois ils se découvrent des points communs donc l'opération va sûrement réussir, d'autres fois au contraire ils sont ennemis, parce qu'ils sont jaloux les uns des autres ou qu'ils diffèrent sur les stratégies de bistouri-scalpel à pratiquer, alors ça tire un peu à hue et à dià et ça n'est pas sûr que l'éventré s'en tirera. Et puis surtout il y a la manière de présenter ces travaux de couture : l'autre jour c'était un peu comme la récolte des patates, on prenait les choses dans la cavité, on triait, on ôtait le pourri, on rebouchait le trou; hier, mes belins-belines, c'était du jardinage tout en finesse, ils se mettaient à plusieurs pour prélever leurs rejets, ils replantaient, on nageait dans l'humus, oh on sentait que la récolte serait belle. Comment voulez-vous que je résiste? A chaque fois je me dis : "Qu'est-ce qu'ils vont encore inventer?" Ah! si seulement vous pouviez tous vous dire la même chose en arrivant à la signature!  
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