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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 14:54
     J'apprécie fort, de temps à autre, qu'une nouvelle (c'est en général surtout dans le domaine de la nouvelle que la chose peut se produire) se termine sur un large espace de méditation quant au sens de son achèvement. Le lecteur est laissé un peu en suspens, non point confronté à une révélation (un événement, une clé soudain donnée qui éclaire tout l'ensemble et rétablit les faits ou les éclairages,  donc propose les vérités qui désormais remplacent les apparences) mais bien laissé dans le doute sur ce qu'est exactement cette vérité terminale. Que se passe-t-il en réalité? Nous avons besoin de nous poser la question, personne autre ne se trouvant à notre disposition pour éventuellement nous renseigner. Les événements ne sont pas parfaitement clairs, et pourtant nous savons que tout l'essentiel de l'histoire se trouve enfoui dans ce dernier geste. C'est le moment pour nous d'examiner tous les possibles, voire tous les probables, afin d'acquérir peut-être une certitude qui nous rassérènerait - car nous avons besoin de certitude, sans doute parce que nous sommes du pays de Descartes, et que nous jugeons insupportablement énervant de ne pas savoir où nous en sommes après nous être consciencieusement plongés dans une histoire dont tous les tenants et aboutissants nous semblaient connus sans problème: pourquoi donc faudrait-il que le dernier élément fût aussi hypothétique, aussi aléatoire, aussi douteux? L'impression la plus forte de ce doute est naturellement en conclusion d'une nouvelle fantastique, où l'on a peu à peu glissé dans un territoire flottant, dans une atmosphère incernable, au point de buter sur (ou contre : l'effet est celui d'un choc, d'une collision) un noyau irréductible que la raison raisonnante n'arrive pas à mettre à plat. Au contraire du merveilleux - où les forces du bien ou du mal interviennent pour éclairer notre lanterne mais, comme dans un conte de fées, suppriment  le doute - il reste dans le fantastique bien géré (non seulement Poe, bien sûr, mais encore et surtout Ambrose Bierce ou le divin Lovecraft) une dose d'inacceptable contre laquelle notre logique se rebiffe et qu'il nous faudra pourtant bien mettre dans notre poche avec notre mouchoir par dessus. Sans aller jusqu'à ce terrain spécifique auquel nous pourrions bien consacrer quelques mots un de ces jours, je mentionnerai volontiers ici la conclusion ouverte, qui fait parfois se hérisser certains auteurs. Il ne faudrait pas en abuser comme pour l'alcool, elle est à consommer avec modération comme toute bonne chose, mais de temps à autre je la trouve fort bienvenue, à savoir, un lecteur peut en donner une interprétation qu'un autre n'accepte pas du tout. Je pense toujours avec amusement à cette question insistante qu'on m'a posée plusieurs fois à propos de "L'Ecluse": est-ce qu'elle se fait sauter avec la baraque, oui ou non, au moment où son  fils arrive? J'ai tout fait pour laisser le lecteur dans le vague, et certains s'en accommodent précisément fort bien, ils aiment ce doute qui plane sur toute la fin. Mais si, lorsqu'on me presse, "Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez?"  je dis que je n'en sais rien, alors on me boude, mes belins-belines, on me fait la tête, on croit que je ne veux rien  dire...Et pourtant, je le jure, je n'en sais rigoureusement rien. Tous les probables sont possibles! C'est ça l'écriture, c'est ça la littérature : ce lien ténu et passionnel entre écrivain et lecteur par le biais de personnages auxquels on croit absolument... A demain,  aujourd'hui l'entretien a passé par-dessus la tête de vos chats, j'en ai bien peur!

                                                                                                  Lucette DESVIGNES.
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