Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 09:36

 

 

             Au temps où démarrait ma belle adolescence, la découverte du grec en quatrième faisait partie des consolations offertes par la vie dans le contexte de guerre qui lui aussi démarrait et qui nous mènerait dans les neuf mois – belle gestation – à l’Occupation par les nazis. Dès le premier trimestre, on savait lire une phrase astucieuse qu’on faisait semblant de traduire par « Où qu’est la bonne Pauline » (alors que phonétiquement semblable le texte grec signifiait « ils ne prirent pas la ville ») et c’était de l’ivresse de continuer par la réponse : « à la gare… », que par décence je ne vous donnerai pas ici complètement. Arrêtons-nous sur ce « alla gar » (j’aimerais bien vous montrer ce que ça donne en caractères d’époque, mais je ne trouve pas trace de cet alphabet dans la liste offerte à mon choix, tant pis). J’étais loin de me douter alors que cette localisation serait un de mes chevaux de bataille par la suite. La gare, la gare… bien sûr, la littérature de gare ne valait que ce qu’elle valait : en théorie c’était du roman facile, éventuellement licencieux mais pas trop, outrancièrement sentimental, souvent donnant dans le mélo, bref c’était une littérature en marge de la grande, elle restait dans son coin c’est-à-dire sur les quais ou dans les points de vente des journaux et magazines, elle se contentait d’être ce qu’elle était, sans prétention à la qualité, vendue en nombre et destinée le plus souvent à être oubliée sur les coussins d’un compartiment après utilisation ou abandon par lassitude ou désintérêt. Personne n’aurait pu lui prédire le grandiose avenir que notre époque lui a réservé : non seulement on l’a laissée croître et multiplier (alors qu’on aurait bien dû lui apprendre l’usage des préservatifs, voire de la prudential restraint, comme dirait Malthus), mais encore, ô honte, on en a fait l’étalon actuel de la littérature. D’où prolifération de textes et d’écritures d’un niveau navrant, encensés de plus en plus allègrement par la critique qui situe sa fonction entre deux trains… Je vous en dirai plus, comptez sur moi ! 

                                                                                               Lucette DESVIGNES.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens