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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 10:32

A propos du destin…

 

 

          Je ne sais pas si l’émission concours « des Chiffres et des Lettres » existe toujours : je ne m’intéresse pas aux chiffres, qui m’emplissent le cerveau d’une brume dolente dont rien d’utile ni de net ne ressort jamais, et quant aux lettres, bien que je sois une femme de lettres comme on dit avec pompe, je ne les aime pas non plus sous leurs forme de squelette, d’os, d’éléments inertes et sans signification même si tout l’enjeu du programme est précisément de les mettre bout à bout pour en faire quelque chose qui tienne debout. Même alors, en effet, elles ne formeront que des mots, or moi c’est dans leur courant de vie que j’aime les lettres, lorsqu’elles s’incrivent dans des phrases, des paragraphes, des pages, à lire ou à dire, peu importe, pourvu qu’elles soient alors dans leur regroupement un fleuve doué d’une autonomie particulière. Pourtant j’ai suivi l’émission pendant des années, fût-ce d’un œil distrait, car elle avait lieu pendant l’heure du thé et cela ne se manque pour rien au monde, avec ou sans sucre, just a cloud, thanks. Je n’y voyais d’ailleurs  que le fonctionnement du destin, la plupart du temps. Soudain, dès le départ, je sentais que le destin avait choisi son candidat. Il lui réservait des lettres faciles, des mots de neuf lettres (au cours des âges le nombre avait été ramené à sept je crois, en tout cas, l’élu héritait des mots les plus longs sans douleur  ni torture du cerveau). Avec les comptes les plus faciles à découvrir,  de ceux que moi je pouvais trouver sans même trop chercher – c’est tout dire. En face, l’autre n’avait aucune chance. Des comptes impossibles, des lettres impossibles – des x, des z, des w – chaque fois que l’autre venait de triompher au maximum. Le vaincu  se voyait dès le départ : son total ne gonflait guère, ses efforts en tous sens restaient vains. Il finissait ratatiné de belle façon,  sans avoir démérité en quoi que ce fût, sans avoir commis la moindre faute. Le vainqueur n’avait de son côté eu aucun mérite à triompher, il gagnait quand même  – les jeux étaient faits, comme dirait Sartre. Je ressentais toujours l’amertume du perdant avec force, son dépit était le mien, c’était tellement l’image de mon combat avec le destin…Quand les jeux sont faits, qu’y a-t-il bien à faire, dites- moi un peu ?

 

                                                                                  Lucette DESVIGNES.

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