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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 11:34

     Nous nous étions facilement accoutumés (pour ce que cela nous coûtait, d'ailleurs) à apprendre toutes les semaines ou presque qu'un peuple nouveau se rebellait contre l'oppression. Mettre en déroute et pousser vers l'exil les tyrans tortionnaires qui régnaient depuis trop longtemps, faire bloquer les avoirs à l'étranger des familles régnantes (de beaux paquets qu'ils s'étaient mis de côté, les uns et les autres, mes belins-belines!), remplacer les pourris (péniblement) par des moins corrompus qui voulaient rétablir la justice et l'égalité des chances tout en combattant la misère : à peu de chose près le programme et ses déterminations étaient semblables d'un pays à l'autre. Semblables aussi les effusions de sang, le nombre des victimes, les remous de violence avant que les choses ne s'institutionnalisent quelque peu, au moment de compter les morts et les blessés. Et nous, du haut de nos balcons dominant les foules, nous faisions les voyeurs contemplant les exactions des soldats ou des accrochés au régime démoli, nous comptions les points, nous admirions les déploiements populaires, nous applaudissions à voir se brandir des drapeaux nouveaux, nous nous  réjouissions de voir un printemps arabe en train de s'installer sur le pourtour de la Méditerranée. Nous pouvions certes avoir des réactions autres que celles de nos gouvernants, tant mieux pour nous et notre sens de l'honneur. Mais enfin les gouvernants eux-mêmes s'y mettaient, cahin-caha, en retard comme les carabinieri mais s'arrangeant pour finalement faire comme tout le monde. A tel point que pour la Lybie ils galopaient en tête de course, menaçant l'ogre assoiffé de sang et dérangé au niveau mental, interdisant, déjà déposant le souverain abattu. Or qu'ont-ils fait, en fin de compte? Comme d'habitude, des paroles verbales et des moulinets de bras sans portée. En l'occurrence, frotter du sel sur les plaies, exciter les uns et les autres, brûler ce qu'ils avaient ouvertement fait profession d'adorer aux yeux du monde ( en autorisant le camping aux Champs Elyséens et en passant de juteux contrats pour vendre des armes, puisque nous n'avons pas de pétrole mais dieu sait si nous avons des idées en matière de nucléaire ou de destruction de masse   autorisée!).  C'est avec ces armes que les mercenaires lybiens écrasent les rebelles, et nous laissons faire, d'ici peu tout sera rentré dans l'ordre ancien, les autres peuples vont cesser d'avoir des démangeaisons de liberté, les Lybiens de Ben Gazhi seront torturés et fusillés avec leurs familles. Nous, sur nos balcons dominant les foules en mouvement, nous n'aurons plus qu'à refermer nos fenêtres.

 

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