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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 08:27

         Cette Dernière Piste, avec sa modestie et ses silences, m’a tout l’air de pouvoir devenir un chef d’œuvre célébré quand elle sera mieux connue. Les paysages sont essentiellement des ciels : à l’aurore où on reprend la marche, à la nuit où à la lueur des lanternes on fait le travail de la journée qu’a empêché la progression obstinée (on répare les essieux cassés, on mange, si peu qu’on ait à manger) ou encore dans le crépuscule des derniers efforts, les teintes crues, blessantes, de la lumière situent la tonalité du récit. La terre craquelée, blanchie par un soleil de plomb, prend des couleurs hostiles qu’on ne voit jamais dans les westerns « ordinaires » : il y a ici à la fois le  scrupuleux respect de la vérité et sa transformation poétique, un peu à la manière dont la poésie se pratiquait dans les peintures des Le Nain, sourdant irrépressiblement du naturalisme. Les allures des femmes - mains noires, visage sale, vêtements fripés – serrent le cœur mais ne recherchent pas la pitié, de même que la femme enceinte dont on ne saura jamais si le bébé verra le jour. Surtout, bouleversant, le dialogue impossible entre ces pionniers qui ignorent tout des Indiens – nom de la tribu, mœurs, dispositions envers les Blancs – et cet Indien dont chaque rare prise de parole est plutôt une incantation, face au ciel plein de nuages comme s’il appelait la pluie, face à un pionnier qui vient de s’évanouir comme s’il entonnait un rituel funèbre, face à l’horizon sans limite vers lequel, devenu malgré lui chef du convoi, il va se diriger tout droit. Et que la compréhension et l’humanité de la femme triomphent dans le destin de ce groupe éperdu me paraît une jolie célébration pour la Journée du 8 mars.

 

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