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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 09:30

 

Je n’aurais jamais pu être médecin, même pas envisager de l’être. Sans aller jusqu’à tomber dans les pommes en prenant mon pouls, comme ma mère l’avait fait à l’Ecole normale en cours de sciences naturelles, je préfère me tenir à l’écart de toute manifestation physiologique en rapport avec l’hémoglobine. Saigner du nez est déjà une épreuve pour moi, épreuve de courage et d’endurance – je suis pourtant  loin d’être douillette, je suis même dure à la douleur, mais c’est cette vue du sang qui me refroidit. Alors qui pourra m’expliquer pourquoi je peux regarder à la suite deux épisodes d’une heure, soit aux urgences (où tout de même les gens arrivent bien amochés, où on n’est pas avare de montrer les plaies et blessures les plus révulsantes, surtout dans les accidents de voitures ou de trains qui nécessitent de découper les tôles pour dégager les membres coincés  dessous), soit à l’hôpital de Holby où le spectacle des interventions chirurgicales est à peu près permanent ? Je me suis habituée à voir à distance – et je dirais même volontiers avec la distanciation brechtienne, qui commande l’objectivité du regard sans admettre la sentimentalité  - le manège des ouvreurs de ventres avec leurs bistouris, pinces, extenseurs, forceps et autres scalpels. Dès les premières fois, j’ai cherché à voir comment étaient faits les raccords de l’image entre les visages des comédiens opérés   et les séquences d’allure parfaitement authentique que j’ai toujours imaginées, elles, filmées sur les lieux véritables de l’opération. Cette préoccupation d’ordre technique m’a sans doute évité de céder à l’instinctive confusion du spectateur entre lui-même et l’opéré dont on lui exhibe les entrailles .avec générosité. Je n’ai aucune idée de la confection de ces séries, elles me paraissent en tout cas parfaitement réalisées, les grands prêtres dans leurs blouses vertes avec leurs masques, leurs bonnets volontiers bariolés et leurs innombrables paires de gants en latex, les instruments de mesure qui se mettent à sonner, les tableaux de bord qui tintent, les écrans qui magnifient les tumeurs,  les organes palpitants, les artères soudain jaillissantes, les tissus ruisselants. Est-ce bien ainsi que se passent les interventions chirurgicales, tripotage à l’intérieur des ouvertures béantes, découpage, recensement des éléments internes, couture en  nylon  fin ou saucissonnage des viandes comme un rôti ? J’aimerais bien savoir ce qu’il en est…

                                                                                           Lucette DESVIGNES.

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commentaires

A
Ce n'est de toute manière pas très beau à voir. L'important c'est l'extérieur et le ressenti. Car souvent les gens passent sous le billard pour être plus heureux. Et quelquefois c'est une réalité. Je partage un site pour ceux et celles qui le désirent : http://www.ypsee.com/nos-services/.
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L
Surprise, surprise, Andréa - ce blog remonte à plus de cinq ans et je ne me rappelais plus avoir traité de chirurgie. Certes j'ai été spectatrice de nombreuses opérations que j'ai suivies dans le détail avec intensité et intérêt, mais j'avoue que j'ai fini par m'en lasser, après trois ou quatre années de fidélité. J'espérais à chaque fois que le résultat de ce qui m'avait divertie sans douleur pût chez les opérés se traduire par la réussite et donc leurs retrouvailles avec la santé. Mais, à la télé comme dans la vie, ce n'était pas toujours le cas...