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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 19:37

 

 

 

            Dans ma petite enfance, c’est-à-dire avant la guerre (qu’est-ce que ces ricanements là-bas au fond ? Toujours les deux mêmes, naturellement ! Eh bien non, il ne s’agit pas de la guerre de 14 ni de la guerre des Boers, insolents !   Si vous aviez lu mes romans vous sauriez de quelle guerre il s’agit,  mais je vais vous laisser croupir dans votre ignorance, c’est tout ce que vous méritez) avant la guerre, donc, on disait volontiers « Je n’ai qu’un regret, c’est de n’avoir pas connu plus tôt l’Ecole universelle », en écho à une publicité célèbre très répandue dans la presse écrite. En même temps qu’on se moquait de la formule, on était tout fier de montrer combien on savait se tenir au courant des trucs à la mode. Je n’ose plus le dire aujourd’hui, crainte de passer pour un vieux trumeau et de n’être comprise que de mes semblagénaires. Mais il est vrai que j’ai un regret profond, enlisé parmi tant d’autres : c’est de n’avoir pas connu les apparitions de Morecambe et Wise dans les années 60 puis 70 à la télé anglaise. Pourquoi si soudain, ce regret ? C’est que je viens de voir une vidéo que j’aimerais me repasser  en boucle. Deux zozos préparent leur breakfast en se dandinant selon les rythmes que distille leur radio, il faut les voir dansoter, se faire des révérences, transformer leur robe de chambre en peplum, ouvrir et fermer les placards de la cuisine en mesure. C’est déjà joli, mais ce n’est qu’un début. L’envol rythmé des tranches de pain à toaster puis leur récupération une fois à point s’accompagnent  d’un cassage d’œufs dans une jatte qui devrait figurer dans une anthologie du surréalisme : Wise s’acharne sur la préparation de son omelette avec tant de virulence qu’il lui faut s’arrêter plusieurs fois, exténué. C’est Morecambe qui s’occupe de la poêle, il vise le plafond où se collent les crêpes (ne mesquinons pas sur les étiquettes), avant de retomber en pile docile sur la table. Les pamplemousses ne sont pas oubliés, qu’on tranche (toujours en rythme) à coups de couperet et en symétrie, puis qu’on presse sur un tempo infernal : on a l’impression que les lieux sont pleins de jus,  ce qui n’empêche pas la chorégraphie matinale de continuer… Cette exacerbation déjantée des gestes quotidiens de la ménagère britannique est complètement loufoque, sans doute révolterait-elle un public français non préparé par Benny Hill ou John Cleese, mais je vous assure qu’elle est comme nimbée d’une étrange poésie.

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