Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 09:00

 

 

            Comique, volet 3

 

            Oui, mes belins-belines, nous voilà plongés dans le comique (moi j’aime y batifoler, tant pis pour vous si bon gré mal gré vous êtes bien forcés de suivre – en style noble, on dirait « malgré que vous en ayez », au sens de « quelque mauvais gré que vous puissiez en avoir » : toute autre utilisation de ce « malgré que »  si traître est à prohiber, mettez bien cela dans un petit coin de vos neurones à mémoire). Comique encore, donc – mais on abandonne la franche rigolade à la française, mélange de gags, de bons mots (le dialogue est parfois excellent mais peut aussi être exécrable, à vous détourner de la comédie franchouillarde – par exemple, qu’est-ce qu’Audiard ne ferait pas pour placer un bon mot ?), de situations scabreuses ou forcées dont on accepte joyeusement l’invraisemblance, comme on l’accepte de Feydeau. On l’abandonne, oui, car je voudrais aborder au comique à la Ionesco, d’essence – de culture peut-être ? – si différente puisqu’il est coloré par l’absurde, donc par l’interrogation pessimiste sur la vie et la mort, sur l’inanité du déroulement de l’existence, sur la banalité de nos quotidiens sans cesse répétés pour rien. Comique toujours présent, tout de même (ainsi « Rhinocéros » est d’une vis comica incessante, tout en faisant réfléchir sur le totalitarisme et la contagion insidieuse par laquelle il se propage) – « Pouic-Pouic » ou « Les Tontons Flingueurs » n’ont jamais ambitionné de se greffer autour d’une idée morale… L’inquiétude rôde avec Ionesco, le malaise, le trouble : on rit, mais la gravité est toute proche. Si Ionesco n’avait pas existé dans le théâtre français, il eût fallu l’inventer : il est, par son absurde flamboyant, le palier indispensable avant les formes de comique complètement déjantées auxquelles on arrive de nos jours. Kulturica sera la prochaine station, accrochez-vous.

                                                                                      Lucette DESVIGNES.

Partager cet article
Repost0

commentaires