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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:35

 

            D’habitude, quand j’entends au téléphone une voix de jeune femme avec un accent étranger qui se présente avec courtoisie et se déclare enchantée de me rencontrer, je raccroche. Quand l’épidémie a commencé, je prenais mon temps : j’écoutais un peu leur baratin, j’expliquais que cela ne me concernait pas (l’habitat, les toits et leur mousse, les poutres et leurs termites, les conduites d’eau et leur rupture, la gestion de mes biens, l’origine naturelle des produits de beauté, le traitement miracle pour l’arthrose, l’offrande de deux places en cadeau gratuit pour le salon du hors-bord, l’annonce que j’avais gagné quelque chose dont je n’avais nul besoin), même quand on m’invitait à déjeuner car il fallait être deux et c’était une gastronomie régionale qui ne me convenait pas. Je ne les bousculais jamais, je me contentais de varier mes remerciements fins de non recevoir (les varier, oui, parce qu’elles avaient tendance, comme on dit en anglais, à ne pas prendre Non pour une réponse). Et puis, avec le temps, j’ai changé – d’abord souvent leur accent est à faire frémir, et quand elles se lancent dans la présentation de leur salade, leur débit tout d’une haleine est difficile à suivre. De plus en plus brièvement j’ai répondu « Non merci, désolée », puis j’ai raccroché sans explication. Aujourd’hui  scénario original : on me demande bien si j’ai onze chats (c’est vrai, ce n’est plus douze), on me félicite, on me demande leur âge, on me dit que quelqu’un leur a parlé de moi, on m’installe sur le problème de la nourriture (et là j’attends patiemment : si des fois pour me vanter un nouvel aliment pour chats on m’envoyait une palette de boîtes ou de croquettes ?), on m’explique le rapport entre nourriture et santé, entre nourriture saine et nourriture du commerce, entre nourriture tout court et leur Mangimi, on m’énumère les maladies auxquelles mes chats vont échapper si je me mets à la pitance vantée, d’ailleurs je pourrai renvoyer le colis s’il ne me convient pas… J’ai reposé doucement l’écouteur, sans faire de bruit : la pauvre avait parlé pendant deux minutes trente sans reprendre haleine, je ne voulais pas la vexer,  mais pendant tout le temps je m’étais efforcée de savoir sa provenance linguistique et malgré un nombre incroyable de « D’accord ? » qui remplaçaient pour elle la respiration, je n’y suis pas parvenue.

 

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