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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 13:52

            Après avoir si doctement discuté sur la culture des navets, je croyais pouvoir aller faire mon marché comme une grande, sans rien demander à personne. J’avais repéré un film – américain, hélas, certes, mais enfin – avec deux T rouges bien mis en valeur et quelques bons points à son actif... D’abord ça se passait au moment du blocus de Cuba, on n’est jamais trop renseigné sur les circonstances historiques des pays en conflit. Ensuite il y avait John Goodman, dont j’aime depuis longtemps les performances contrastées (quand il regrette ne pas être juif dans le contexte de bowling du Big Lebowski,  j’avoue que je me  sens fondre). Enfin on annonçait une peinture de l’adolescence américaine, celle qui a besoin de son film d’horreur tous les samedis et ne sait quelle contenance avoir quand le danger atomique se précise : donc ne jamais rejeter de la documentation sur la sociologie d’une jeunesse qui a par la suite fait la Corée, puis le Viet-nam.  Catastrophe, mes belins-belines ! Il se trouvait que c’était avant tout un film d’horreur – pas clairement annoncé, autrement j’aurais mis la pédale douce – et  j’ai donc vu un patient de dentiste transformé en fourmi géante avec pinces de homard, grimpant à un gratte-ciel, amenant l’effondrement du cinéma grâce à ses manipulations des effets spéciaux… la totale, quoi, comme dit mon véto quand je lui apporte un minet à castrer qu’on a lâchement déposé à ma porte. L’horreur presque absolue… Certes j’ai pu voir les mesures de défense passive américaine contre les Russki, ou Russkof, ou Rouges : les sacs de sable sur la façade sud des lycées et collèges de Key West, les jeunes agenouillés dans le couloir pendant les alertes, face contre terre comme des vaincus mais priant trois fois par jour pour les troupes américaines mobilisées… Il fallait voir tout ça pour le croire.  C’était minable – sauf peut-être la philosophie du réalisateur John Goodman aux talents enfin reconnus : il croit en la fonction cathartique de la peur, car après avoir hurlé, caché sa tête dans ses bras, fait pipi de trouille sur son siège, chaque adolescent spectateur de l’horreur et du cataclysme retrouve avec la lumière de la salle, quand le spectacle est fini, non seulement sa dignité humaine mais aussi son équilibre, sa joie de vivre, la certitude que  cet abominable anéantissement n’était pas pour lui…Enfin, pas pour cette fois, dit John Goodman en allumant son gros cigare avec presque autant d’autorité que dans un film des frères Coen…

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