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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 09:30

          En passant ma manche à portée des amuse-gueule que dans pareil cadre on appelle mise en bouche (et, même,  qu’on n’appelle pas collectivement : on vous énonce sur un ton d’église le foie gras à la nougatine de  pain d’épices, l’ oeuf de caille au caramel, l’escargot dans sa mousse à l’aigre-doux, le sabayon de melon, tout cela c’est si sophistiqué que cela n’a plus aucun rapport avec la nourriture, donc collectivement ça ne s’appelle pas), je récolte une tache brune sur la tranche de ma serviette glacée comme un missel : instantanément un autre serveur s’approche à pas feutrés avec une autre serviette aussi mystique, puis quand à son tour celle-ci me fera défaut en tombant lâchement à mes pieds un troisième serveur surgira silencieusement avec une autre serviette à allure liturgique :    ah ! mes belins-belines, j’aime ça, ces traitements de princesse, moi qui suis plébéienne jusques aux moëlles. Et bien entendu tout ce qui va avec : que les trois ravioles artistement disposées contiennent à la fois des langoustines et du foie gras, avec de minuscules rondelles d’oignon frit et des girolles lilliputiennes, et que le rognon de veau comme je ne saurai jamais le faire (moi qui suis chez moi, pour la famille et les amis,  la spécialiste du rognon de veau que je fais suer dans sa propre graisse si j’ai pu réussir ce tour de force à l’achat chez le boucher) exhibe à la coupe une fermeté succulente en deux nuances de rose, tandis  que son extérieur dans mon assiette est dodu et doré comme un beau raisin, c’est presque trop pour mes faibles forces. La gastronomie me perdra (remarquez qu’elle ne m’a pas perdue encore, donc que j’ai de bonne raisons de continuer), et c’est bien certain que lorsque je n’aurai plus envie de plaire à mes papilles en leur offrant ce qu’elles aiment j’aurai déjà un pied dans la tombe. Mais justement il n’en est pas encore question le moins du monde, mes agneaux ! J’enragerais presque de ne pas être capable de refaire chez moi un rognon tel qu’on me l’a servi à déjeuner – mais je compte aussi comme inappréciables la tranquillité de ce demi-jour où toutes les voix chuchotent, la beauté impeccable de la vaisselle et du linge, l’activité discrète mais incessante de ces serveurs qui semblent glisser sur la moquette. Et pour moi qui n’aime guère les desserts, ce soufflé au grand marnier avec son sorbet de pamplemousse perché sur une tuile impalpable a eu de quoi me « rapatrier », comme on dit dans Marivaux, avec le sucre…C’était là une parenthèse, mes agneaux, vite on la referme.

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commentaires

E
Hum ! Humons plutôt les mets dont vous nous mettez l'eau à la bouche, chère Lucette.<br /> Merci pour ces évocations de fine gastronomie chère Lucette. Et je tiens à ajouter que la nouvelle présentation de votre blog est élégante et agréable à lire avec ses gros caractères sur fond<br /> blanc.<br /> Profitez du ciel radieux (une rareté ce printemps).<br /> Amicalement.
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