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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 11:27

    Quand j’étais petite fille, j’ai souffert pendant toute une saison d’avoir un gilet aux manches trop courtes qui laissait passer les poignets de ma blouse d’écolière sans parade ni correction possible. J’avais beau les étirer, ces manches, rien à faire – la honte demeurait, comme demeurait celle ressentie parce qu’un manteau traîné depuis trop d’années se mettait à jouer de la courtiaude, comme disait mon père qui ne voyait dans cet étagement       de longueurs que matière à facétie. Quelque chose de dessous qui « se voyait », qui « dépassait », et c’était l’humiliation durable. Je suppose que toutes les autres de ma classe ou de mon école étaient logées à la même enseigne : on mettait ce qu’on pouvait mettre, même avant la guerre et le rationnement des vêtements, on le mettait longtemps, ou on mettait ce que les aînés avaient dû abandonner, bref c’était déjà à la guerre comme à la guerre et je n’étais pas seule à souffrir. J’imagine que personne des générations plus jeunes ne doit comprendre, car il semble qu’au contraire plus il y a d’étages surajoutés, plus c’est à la mode du temps. Paletot sans manches par-dessus  un corsage aux manches ballon sous lesquelles s’étirent des manches longues (souvent assez longues pour couvrir une partie des mains et même des doigts), avec effet répété au niveau inférieur, le paletot dans son rôle de boléro (« petit veston trop court », chantait-on pour parodier le grand succès de – de qui, grands dieux, mais de qui donc ? Dario Moreno peut-être, le célèbre casseur d’oreilles, ou  son non moins célèbre rival, le meurtrier déchire-tympans Luis Mariano : vous voyez qu’on avait le choix, en ces temps d’abondance) le paletot, donc, se limitant juste en dessous de la poitrine, laissant apparaître du corsage juste ce qu’il faut pour montrer qu’il est trop riquet pour atteindre la taille, auquel niveau un T-shirt prend le relais pour descendre jusqu’au pubis, puis s’efface au niveau fessier pour donner du relief à un jean dont on a coupé les jambes à l’aine : la pudeur est sauve puisque les cuisses sont recouvertes d’un caleçon qui peut, généreusement, descendre jusqu’à la cheville.      Vous vous représentez l’étagement des couleurs, matières, dessins etc. j’espère ? C’est du vrai : en plus qu’on en empile et que ça se voit, en plus que c’est beau. Optez pour l’orangé, le violet, le vert sapin et le marron : je vois souvent ces panachages, c’est tout plein joli. Le plus beau, je l’ai vu aujourd’hui : à peu près ce que je vous ai décrit, mais le caleçon blanc s’arrêtant au genou avec un large nœud en dentelle. La femme qui portait ce charmant ensemble avait au moins soixante-quinze balais,  de quoi me faire regretter de ne pas avoir osé lui demander chez quel tailleur elle s’habillait : on ne sait jamais, des fois que j’aurais une sortie…

                                                                                       Lucette DESVIGNES.

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