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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 11:57

 

 

            Depuis quelques mois – sept ou huit si je compte bien : la croissance des bébés se fait en temps réel dans mon feuilleton, comme dans les huis-clos qui se respectent, et le bébé volé devenu James depuis qu’il a été volé se tient tout droit dans les bras, redressé, tournant la tête avec intérêt pour suivre du regard ceux qui parlent, donc je lui donne sept ou huit mois – je trépigne chaque fois que je pense à cette action criminelle dont les parents n’ont aucun soupçon. Ni le mari de l’auteur du forfait non plus, lui qui n’a pas compris pourquoi elle refusait de le nourrir, pourquoi elle restait aussi tendue qu’un zombie dès qu’on mentionnait l’enfant, pourquoi, même, on l’avait vue faire visite à l’église et brûler un cierge. Tout le monde, y compris le monde médical, avait mis sur le compte d’un baby blues interminable ce curieux comportement. Les preuves valables judiciairement ayant été rayées de la carte (moi j’attends toujours que le  dors-bien cocasse offert par le père à son fils Tommy ait pu jouer son rôle d’indice), il fallait attendre avec patience que le poids de son forfait finît (oui, finît) par rendre la vie intenable à la voleuse d’enfant. Nous y voilà : profitant d’un tumulte  sentimental qui secoue tout le quartier (mariage sans élan, accident de la route de l’ex-mari, règlements de comptes divers entre époux dans ce contexte destiné apparemment aux réjouissances), la fausse mère décide, le coeur ravagé, de rendre l’enfant à ses vrais parents, lesquels sont au bord de la rupture après tant de mois de chagrin et d’amertume. C’est grand temps que tout s’arrange. Mais jamais elle ne dira « J’ai volé votre fils à sa naissance, je vous le rends », seule précision qui, une fois vérifiée, pourrait satisfaire tout le monde. Si bien qu’à force de répéter « Il n’est pas à moi, il est à vous », personne n’est convaincu d’autre chose que d’un accès de folie qui se précise après avoir couvé pendant des mois. Voir la mère refuser d’y croire même une fois l’enfant dans ses bras a dû faire pleurer autant que « Les Deux Orphelines » d’ineffable mémoire.

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