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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 08:04

 

 

            Je m’étais mainte fois indignée devant certain livre très à la française sur le rien : sujet = rien, thème = rien,  style = rien, intérêt nul, autrement dit, même si ledit bouquin était signé d’un des grands noms de l’administration de la société des Gendelettres, on pouvait se demander pourquoi il avait fallu couper des arbres dans nos forêts vives pour permettre à pareil néant d’apparaître sur le marché éditorial. Rien par rien donne plus : il doit bien y avoir quelque part au rayon matheux quelque chose de ce genre parmi les aphorismes à l’autorité indiscutable; si je ne suis pas plus sûre de moi c’est que justement je ne fréquente guère ce rayon-là, mais il tombe sous le sens qu’avec du rien on ne peut guère faire quelque chose de palpable au rayon livres, même s’il fallait à l’auteur un bouquin entier (petit, heureusement) pour démontrer qu’il était conscient, voire tout fiérot, de son néant. D’où mon intense satisfaction à découvrir,  parmi les biographies inutiles ou redondantes dont le fol engouement a gagné le lectorat de notre temps, un petit chef d’œuvre : biographie d’un être  inexistant, inventé de toute pièce, qui n’a laissé ni trace ni œuvre, dont on n’arrive à définir ni les traits ni le domaine d’influence, dont s’est emparé le champion des médiocres pour un résultat entièrement nul (il s’était peut-être dissimulé sous l’existence de Ferdinand de Lesseps, de Lavoisier, ce qui donne une idée de l’importance qu’il aurait pu avoir). Bref, chaque proposition d’existence ou d’inexistence est implacablement réfutée, discutée, pesée, analysée, le tout à grand renfort de conditionnels présents et passés qui donnent à ce discours résolument dans le vide (puisque écrit « en considération du vide que son inexistence a laissé dans l’histoire ») une ossature jubilatoire jusqu’au bout… Dans ma jeunesse, le dessin par la forme du vide m’avait été une révélation. C’est quelque chose du même genre que j’ai ressenti à cette lecture, qui vous prend  à témoin sans arrêt avec sollicitude. A partir du rien arriver à quelque chose qui n’existe pas, c’est un tour de force – rien à voir avec les bavardages creux que je citais plus haut. Seulement, voilà : l’intelligence la plus aiguë qui soit a veillé à cette architecture (il faut et il suffit, dit-on encore quelque part dans le raisonnement mathématique - et Godot sait si je m’y connais…).

 

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