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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 14:49

 

 

            Si nous continuons nos sages et stimulants exercices de conjugaison, nous avons tout le chantier de la terre devant nous, à notre disposition. Ainsi « il serait mort » indique qu’on n’est sûr de rien, mais qu’il y a toutes chances (un coup de sang, rien moins, à constater qu’on a découvert sa chambre secrète aux liasses de gros billets et aux bijoux bien cachés). « Elle a emprunté son avion » : c’est là un temps du passé proche,  de même que « ils sont venus en famille faire des affaires et rafler tout ce qu’ils pouvaient » - mais si on conjugue « ils s’en mordent les doigts » ou « elle se débat comme une pauvre marionnette empêtrée dans ses ficelles », c’est le présent de l’indicatif, qui insiste sur l’actualité de l’action. De même le « j’ai personnellement horreur de la violence » ou le «  toute violence est condamnable » des uns et des autres, formule passe-partout qui se répète toutes les semaines à chaque nouvelle éruption politique d’un peuple en train de se libérer : on pourrait attendre quelque « La France suit avec intérêt les efforts des peuples si longtemps tenus en esclavage et souhaite que cette libération s’effectue sans effusion de sang », ce serait correct et digne, traduisant un présent    très attentif et un souhait au subjonctif présent.. Mais non, mes belins-belines ! C’est tout juste si on n’offre pas des tentes pour camper entre les pieds de la Tour Eiffel aux imminences sur le point d’être déplacées (oui, celles qui font donner l’aviation contre les populations rassemblées avec leurs pancartes et leurs drapeaux : faut-il qu’ils soient poussés à bout, les pauvres peuples, pour se rebeller dans les conditions que l’on sait ! Pourquoi ne leur crie-t-on pas officiellement Bravo ! – bête que je suis! j’oubliais : comment leur crier bravo alors qu’on vient de livrer des armes et des munitions aux tyrans en place, en échange de billets gratuits pour l’hébergement et le transport des prochaines vacances ministérielles ? En attendant de conjuguer au passé (« ils ont quitté le pays », « on a confisqué les avoirs dérobés à la nation »), on peut y aller du futur immédiat (« ils vont tous se libérer », « il va y avoir des martyrs mais ils vont pouvoir enfin vivre comme ils le veulent »)  ou du souhait ardent (« vivement que la liberté se répande comme une traînée de poudre ! »). Gageons cependant que dans les rangs de la capitale s’élèveront des imparfaits de regret : « C’était le bon temps ! C’étaient des vrais amis !» ou « Ils nous offraient des vacances pour pas cher »…Encore des malheureux qu’il va falloir plaindre !

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