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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 09:54

 ENCORE LES MOTS

 

Mon prof d’allemand du lycée (pardon : du collège classique et moderne – le terme de lycée ne lui fut octroyé qu’après la guerre, et avec parcimonie puisqu’on lui adjoignit le terme réducteur de « mixte »  avant de lui laisser sa liberté pleine et entière) avait attiré notre attention sur le bel et redoutable enrichissement des langues se frottant l’une à l’autre, ainsi « sich debrouillieren » adopté après l’Occupation de 40-45 – « ah ! disait-elle sentencieusement, en France on comprend, mais imaginez que chaque pays occupé fournisse son lot de mots assimilables, comment sich debrouillieren au milieu de tout ça, le hongrois, le tchèque, le croate, l’ukrainien, le russe ? ». Dans le même temps, en français nous apprenions que tout verbe nouveau était un verbe du premier groupe, par facilité : téléphoner, télégraphier (oui, c’étaient alors des mots sinon rares, du moins pas automatiques : ainsi mon père, directeur d’école, n’eut jamais le téléphone ni pour sa profession ni pour sa famille et c’était normal, si bien que pour avoir des nouvelles de ma grand-mère très malade ma mère devait se rendre à la grande poste – d’ailleurs il n’y en avait qu’une – après avoir reçu une convocation téléphonique valable deux heures). Aujourd’hui la règle se vérifie facilement : télécommander, zapper, composter, valider, e-mailer, bloguer, numériser, cliquer voire double-cliquer – mais où y a-t-il de la saveur là-dedans je vous le demande ? En outre les verbes ont quelque chose d’austère, d’intimidant,   tandis que l’adjectif se fait si facilement câlin ! C’est vrai, il y a de la séduction dans l’adjectif, à tel point que sa mollesse   déteint sur le style quand on en abuse. C’est en tout cas avec des adjectifs que j’aimerais continuer notre petite exploration. Les doublets (attention, hein ! pas les doublons) sont souvent amusants dans leurs nuances entre le mot déformé, trituré oralement pendant des siècles à partir du Latin et celui qu’à partir de cette même racine on a savamment forgé à la Renaissance : droit et direct, étroit et strict, grêle et gracile, frêle et fragile… il y a même roide, raide et rigide. Je ne vais pas vous passer le vocabulaire de base en revue, mais je vais vous extraire quelques mots dédaignés pour demain : que ne ferais-je pas pour vous, mes belins-belines ?

 

                                                                               Lucette DESVIGNES.

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