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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 09:04

            La notion d’épreuve, surnageant de toute cette méditation récente sur les migrations animales ou la survivance du plus apte, mérite un instant d’attention. Les épreuves d’examen ou de concours, imposées dans le domaine pratique ou technique ou intellectuel, permettent le classement en fonction des notes accordées aux performances : elles s’expliquent en toute clarté par une équivalence logique et raisonnable, puisqu’à la théorique gêne ou souffrance à traverser victorieusement est attachée de manière automatique une ascension d’un degré dans la chaîne des rangs sociaux (diplômes, certificats d’aptitude etc. : on est reconnu comme meilleur, plus haut, supérieur, avec accès à une situation plus rentable). C’est le principe du chef d’œuvre d’autrefois pour accéder à une corporation où les maîtres initiés jouissaient de privilèges gagnés par l’épreuve, c’est le principe des grandes écoles : les souffrances ou les  sacrifices de la préparation et du passage direct des épreuves  entraînent la récompense, qui est qualification, passage vers le haut, ouverture à une sélection. Rien que de normal jusqu’ici, avec le principe de rétribution des peines qui fonctionne tout seul. Egalement les ordalies, ces épreuves par le feu ou par l’eau dont on sortait défunt ou officiellement innocenté, impliquaient après une traversée héroïque et douloureuse une stature définitivement gagnée. Tout cela je peux le comprendre sans peine, et je pense qu’on peut de même admettre à la rigueur, en corrélation avec un enthousiasme de foi facile à trouver dans toutes les religions, la notion d’épreuve qui vous grandit, qui vous endurcit, qui vous permet de trouver dans la souffrance des repères pour la compréhension de vous-même sinon des ouvertures vers le divin. Il resterait à prouver que la souffrance sans limite ni dans l’intensité ni dans la durée, telle qu’on la rencontre dans les couloirs de la mort où se survivent dans les affres les malades passés en phase terminale, que cette épreuve-là, donc, est pourvue d’un sens qui la rende acceptable au raisonnement de logique, mais cette preuve est difficile à présenter et à faire accepter. Le gain hypothétiquement suggéré est sans commune mesure avec l’insupportable inexorablement imposé, et on se trouve de nouveau confronté avec l’énigme des millions de saumons s’excitant avec désespoir et aveuglement vers leur origine qui signifie leur mort : de toute façon, que sont des épreuves qu’on affronte ou qu’on subit sans en avoir conscience ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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