Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 09:00

          Sans doute parce qu'il était le premier à essuyer les plâtres,  la critique de cinéma est dure pour Volker Schlöndorf : il a « trop vite adapté le grand livre de la passion triste ». C’est bien dit, certes, mais pas très exact : l’adaptation de ce premier tome de la « Recherche » ne relève guère de la trahison, j’ai toujours dit qu’il était à part. Jamais en effet on n’a consacré un tel scénario, avec de fréquents gros plans, à l’un des innombrables personnages du côté de Guermantes (reçu par le duc tant qu’il n’était pas marié à Odette, aimablement informé que s’il l’épousait il ne serait plus reçu – le monde n’étant pas le demi-monde, que diable !). Il se trouve que les gros plans sont réservés à Swann et à Charlus (j’estime ce Charlus-là beaucoup plus défendable comme personnage dissolu que Didier Bezace ou John Malkhovitch), alors que par la suite les marionnettes qui constituent la société parisienne recréée par Proust appartiennent à une troupe d’où on les extrait selon besoin : à peine le temps de montrer comment ils s’articulent au reste, fffrrrttt ! les voilà déjà replongés dans leur biotope – jusqu’à la prochaine exhibition, mais les gros plans ne se trouvent que dans « Un amour de Swann »… J’ai aimé aussi – il faut dire que James Ivory est absolument irrésistible, si beau, si élégant  – les débuts de la journée d’un dandy de sa trempe, avec tous les hommes de l’art, barbier, valet, assistants, témoins en réserve, qui virevoltent autour du seigneur assis au centre de l’activité : c’était bien, je le répète, l’isoler, le sélectionner parmi les autres par l’image comme il l’avait été par le texte. D’ailleurs il n’a plus de présence par la suite. Il erre en fantôme, très malade, attendant la mort, dans les salons où on le courtisait jadis, il n’est plus au centre d’une histoire qui drainait tous les regards, c’est un vieux viveur parmi tant d’autres. C’est bien pour démarrer la grande fresque qu’on l’avait exposé aux feux de la rampe : le ton, les rythmes, les intentions ont ensuite changé…

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens