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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 15:15

            Quand on parle de scénaristes, on n’est pas loin d’évoquer les dialoguistes, tant il est vrai que leurs qualités se mêlent et se complètent. Les uns sont chargés de la conduite de l’intrigue : événements, réactions psychologiques ou affectives, évolutions lentes ou brutales des rapports entre individus… Ils doivent assurer le maintien continuel de l’intérêt par le développement d’une intrigue qui soit possible avant même d’être convaincante, on ne leur pardonne en général ni les ralentissements de rythmes souvent insupportables, ni les invraisemblances trop marquées (il faudrait d’ailleurs ouvrir là une vaste parenthèse afin de  disserter sur la facilité pour le public d’avaler n’importe quoi ; la mise en doute ou en question des agissements des personnages ne fonctionne guère automatiquement, et les sceptiques qui d’instinct jugent inappropriée, voire impensable, telle réaction des héros dont on suit l’histoire, ont vite fait de se faire juger comme cherchant la petite bête là où elle n’a aucune raison de se trouver). Les dialoguistes, quant à eux,  sont chargés de la superstructure puisqu’il s’agit d’habiller les comportements d’explications valables entre individus et en théorie devant sonner vrai. Là est bien le hic : il est rare à mon sens que le dialogue soit pleinement satisfaisant. Le film français a besoin de son jeu de mots, de son expression inédite qu’on pourra répéter avec jouissance par la suite ; tout dialoguiste de cette espèce se doit de semer des bons mots, des réflexions plus ou moins argotiques, tout au long de rencontres ou de disputes, ou simplement de scènes sentimentales afin d’en assurer la pérennité.  « T’as de beaux yeux, tu sais » ou « Atmosphère ! » sont les meilleurs exemples qu’on puissent donner, et chacun sait qu’ils ont perdu absolument tout pouvoir poétique ou drôle – « mais, me direz-vous, c’est en échange de la longévité, c’est la rançon de la gloire !...» et vous aurez sans doute raison. Tout de même, je n’aime pas trouver dans le dialogue cette recherche d’une réplique qui appartient au théâtre du Boulevard ; pour moi le dialogue doit être authentique, exactement à sa place et donc sans effet inutile, surtout pas pour provoquer le rire à tout prix. C’est peut-être pour cela que je prise tant, au niveau de la réussite créatrice d’émotion, le dialogue de mes EastEnders atteints par le deuil et la souffrance, dialogue brisé, fragmentaire, efficacement bredouillé, qui sert tellement d’accompagnement naturel aux traits ravagés et aux sanglots qu’on se trouve malgré soi au niveau de cette douleur mal exprimée par les mots.

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