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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 09:18

 Gourmandise de mots 

 

Cette fameuse gourmandise de mots que je vous avais annoncée il y a quelques jours, et dont certains de mes correspondants m’ont assurée qu’ils en avaient déjà l’eau à la bouche, nous allons nous y consacrer un instant. Dans l’intervalle j’ai réuni un certain nombre d’exemples sur lesquels baser nos réflexions – que vous semble-t-il de ce programme ? Sans la moindre intention de me faire gendarme ou fustigeur, j’ai de prime abord songé à blâmer, gronder, morigéner (déjà bien falot d’ailleurs, ce dernier) en me demandant pourquoi on ne disait plus tancer (sauf à le renforcer par un  « d’importance » délicieusement désuet) ni gourmander, en en abandonnant l’usage aux Amish et autres Quakers toujours désireux de célébrer l’autrefois même en paroles. N’y ajoutons pas « disputer », sauf au sens de « disputer d’un point de droit ou de grammaire » et non au sens de « passer un savon à » : le « Oh je vais me faire disputer » des gamins est erroné – mais ils ont le droit de dire que leurs parents se disputent s’ils se querellent. Il y a une tendance assez nette, depuis une ou deux décennies, à sortir de l’ombre certains mots, en général des adjectifs, pour les transplanter dans l’humus de notre quotidien. Qui est à l’origine de ces exhumations ? je ne saurais le dire. Pourtant des mots comme « obsolète », qu’on pouvait se vanter de connaître il y a une cinquantaine d’années parce qu’on n’était pas nombreux à pouvoir le faire, se brandissent à tout va et à tout niveau. De même « pérenne », joli mot savoureux que je rencontre partout depuis quelque temps, y compris comme enseigne d’un coiffeur qui renâcle devant le trop vieilli « permanent(e) » - est-ce pour cela ? Ne pense-t-il pas plutôt que c’est un beau prénom exotique comme il en pleut désormais ? Nous sommes loin des protestations qui avaient surgi autour de « valable » ou  de « viable », employés pour la première fois dans les années 50 je pense, moins justifiées cependant que pour « fiable » impossible à détrôner même si théoriquement il ne devrait être formé que sur un verbe admettant un complément d’objet direct et non un complément d’attribution (mais c’est là une de ces finesses qui passent souvent par-dessus la tête des amateurs d’ « Occasions à profiter », et on ne peut pas dire que la Télé soit d’une grande aide, au contraire elle donne leurs lettres de noblesse à beaucoup de mauvais usages et d’erreurs de langue). Je vous en reparle dès demain, de ce rôle de la télé (pour commencer on restera sur le plan de la grammaire et du vocabulaire, le rôle de la télé dans notre conscience politique restant à analyser quand notre maturité sera là)….

                                                                     

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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