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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 11:14

 

 

            Il semble que l’imagination pure, celle sur laquelle en théorie doivent s’appuyer les écrivains, n’ait plus guère cours en ces temps épuisés. Comme s’ils avaient honte de raconter une histoire qu’ils ont agencée de toutes pièces (la nourrissant bien sûr de leur expérience propre, de leurs souvenirs, de tout ce qui les a marqués pendant leur vie, de la personnalité de leur ton, mais tout de même faisant la part belle, voire essentielle, au libre déroulement de leur faculté créatrice), les auteurs recensés par les critiques officielles ont depuis un ou deux lustres récolté des masses de documents avant de se lancer à commettre un nouveau livre. Plus j’en vois, plus je suis frappée de cette désaffection de l’imagination. La biographie est passée par là, exerçant ses ravages ; qui n’a pas écrit la biographie d’un individu célèbre ou inconnu – sans se priver d’ailleurs d’enjoliver, de trahir, de maquiller la vérité selon les besoins de sa fantaisie ? Prenez-les tous les uns après les autres (je parle des romanciers ou ci-devant romanciers, je ne parle pas des biographes dont c’est le fonds de commerce depuis le départ). Vies de peintres, d’artistes, de musiciens, de poètes : on dirait qu’ils ont besoin, pour soutenir leur plume agonisante, de se retremper dans des éléments d’existence vécue qu’alors ils déforment ou interprètent à plaisir – curieuse façon de reconquérir le tonus défaillant ! La plupart des romanciers reconnus se sont lancés à bras raccourcis, quel que soit le ton finalement adopté (dérision, ironie, emphase, admiration, sens du canular…), dans ces reconstitutions d’œuvres d’art, de peintures surtout peut-être, à travers des fragments de vie qui leur servent de points d’appui. Même un Goncourt se fait biographe à sa manière, histoire d’attirer l’attention – et le succès – en jouant sur au moins deux tableaux à la fois. Cela m’attriste. Cela ressemble trop à des exercices de style, même si certains styles sont agréables à lire voire cultivés sans trop d’ostentation. Mais cette insistance à vouloir redonner vie à des personnages disparus depuis longtemps et, au fond, n’ayant rien apporté qu’on ne connût déjà au déroulement des civilisations, a trop l’air d’une espèce d’impuissance pour me retenir – c’est un peu comme la baptisée « autofiction », qui mélange la vérité autobiographique et les inventions pour créer un magma peu équilibré : bienvenue sur un blog plein d’esprit, haïssable pour tenir lieu de roman…C’est pourquoi un roman, un vrai, entièrement jailli de l’imagination d’un écrivain, reçoit l’étiquette d’OVNI … C’est vous dire !

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